Par le commissaire colonel (H) Michel Ferrié (ECA 76)
C’est en parcourant, par hasard, une biographie d’Olympe de Gouges, grande figure de la période révolutionnaire, que j’ai découvert l’existence des adjudants-généraux.
Elle avait écrit une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » en 1791. Robespierre, peu adepte des réseaux sociaux et des sites féministes (MeToo, etc.) mais attaché à l’égalité homme-femme, n’avait pas hésité à l’expédier à l’échafaud en 1793, comme ses camarades masculins.
Son fils, Pierre Aubry de Gouges qui était adjudant-général dans les armées révolutionnaires, par crainte de subir le même sort, l’avait publiquement reniée, dans une «profession de foi civique» ! (1)
A cette époque, l’adjudant-général était un officier de grade supérieur à colonel, chargé de fonctions de planification et de logistique au niveau de la division, avec une étoile pour insigne de grade. En 1800, la fonction fut renommée « adjudant-commandant », les adjudants-généraux préférant se faire appeler « Mon général » plutôt que « Mon adjudant », ce qui donnait sans doute des boutons aux officiers généraux de la hiérarchie traditionnelle. A son tour, ce grade ne survécut pas à la chute du 1er Empire.
Dans l’anthropologie des officiers chargés de l’administration, dont les commissaires des armées occupent, aujourd’hui, le haut de l’évolution, l’adjudant-général représente une branche certes éteinte mais qui a eu le mérite d’exister et sur laquelle il y aurait lieu de faire des recherches historiques de la part de nos camarades d’ancrage terre (2).
Si, exceptionnellement Pierre de Gouges fut nommé général, apparemment aucun dispositif d’intégration de ces officiers « presque généraux » dans le cadre normal, au moins au moment de l’admission à la retraite, n’avait été adopté.
Si tel avait été le cas, il faut imaginer l’extase de l’adjudant au moment de sa promotion : « Félicitations Mon adjudant, vous êtes nommé général de demi-brigade, quart de place, voici votre titre de pension au format in-octavo !».
*« Orgastic future »: célèbre formule utilisée par Francis Scott Fitzgerald, à la fin de son roman « Gatsby le Magnifique », pour définir un rêve d'extase absolue, reculant sans cesse et dont le temps finit par venir à bout.
(1) Nommé général de brigade par Napoléon mais envoyé en commandement en Guyane en 1801 (lui tenait-on rigueur de son attitude vis-à-vis de sa mère ?), où il mourut de maladie en 1803.
(2) SHD cote GR XEM 151 – 165 (https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ark/34069)