samedi 12 septembre 2026

Commissaire de l’air : une profession, plusieurs métiers

Par Michel Caussin (ECA 74)

Le commissariat de l’air, autant de carrières différentes que de commissaires de l’air. Mais toutes les carrières ont eu un point commun : la variété des postes et des lieux d’affectation, une réponse à l’attente de nombreux jeunes diplômés présentant le concours. Encore aujourd’hui pour le commissariat des armées.

Ma découverte de l'administration militaire tient principalement à deux sources : une source armée de terre : un frère de mon grand-père ayant servi dans l'intendance (notamment pendant la grande guerre, dans l'armée d'Orient), et une source marine : le séjour de ma famille à Rochefort, grand port fondé par les Bégon, cousins de Colbert, et où fonctionnait encore, dans les années 60-70, l'école des fourriers, institution bien connue du commissariat de la marine.

Dans les années 70, comme aujourd’hui dans le commissariat des armées, le concours commun des commissariats de l'air et de la marine (qui sera étendu en 1984 au commissariat de l’armée de terre) ne permettait pas toujours d'entrer dans l'armée désirée (liste directe ou liste complémentaire en fonction du rang de classement). Pour moi, ce ne fut ni terre ni marine, mais le commissariat de l’air.

Ma promotion (1974) ayant été la dernière à résider, durant la première année, au sein de l'école de l'air (les suivantes étant externes dès l’entrée), j'ai donc pu découvrir l’armée de l’air en partageant la vie d’une promotion (élèves pilotes, mécaniciens, officiers des bases), au sein de laquelle, il faut le noter, figureront deux chefs d'état-major de l'armée de l'air. 

Une promotion encore masculine car l'école de l'air a ouvert ses portes aux femmes en 1976 pour le personnel non navigant, avant de n’autoriser l'accès des femmes à la spécialité de pilote (officier de l'air) qu’en 1996. Pour l’école du commissariat de l’air, ce fut en 1977.

Beau souvenir également, on apprenait aux élèves commissaires à voler sur avion léger, et on leur remettait le diplôme à l’issue, conservé avec fierté..

La FATAC-1ère région aérienne, à Metz, rejointe en sortant d'école, était la plus vaste des régions car elle comprenait aussi les forces françaises stationnées en Allemagne (FFA). Passionné de sport, le directeur régional du commissariat de l’air donna une forte impulsion à son service, et ce fut un exemple pour les autres composantes du commandement, le commandant de région ayant soutenu ces efforts.

Dans les années 70, le commissariat de l’air était en pleine évolution, avec la création du budget de fonctionnement et l’intégration de la restauration. Pour cette dernière, c'est à Metz que fut lancée cette importante réforme en liaison avec la direction centrale du commissariat de l'air. Un détail, mais qui a son importance sur le fond, à l'initiative de notre équipe, le terme de restauration remplaça celui de subsistances.

Puis je pris en charge la division du contentieux, seule attribution juridique de ma carrière, dont je garde le souvenir de l'expertise conservatoire de l'abbaye de Vézelay, soumise aux passages à grande vitesse des avions de chasse de Dijon, un type de dossier bien connu dans toutes les régions aériennes survolées par les avions de chasse.

Après Metz, ce fut Paris pendant deux ans, où je m'occupais du personnel militaire (maîtres ouvriers compris) et civil du service, tout en prenant en charge le renforcement de la préparation au concours au sein de l'IEP.

Ensuite, pendant six ans, plongée sur le terrain avec les questions logistico-opérationnelles du « soutien de l’homme », en exerçant les fonctions de commissaire de base, à Berlin puis à Cazaux. Aucune comparaison possible entre ces deux bases aériennes. A Berlin, le renseignement était l'attribution principale, et le commandant de base y cumulait les fonctions de direction de l'aérodrome de Tegel (mais le commissaire de base ne jouait aucun rôle sur ce volet). Au delà du rideau de fer, dans les massifs du Harz en RFA, un détachement de guerre électronique était rattaché à la base aérienne de Berlin et faisait l'objet de tous nos soins, en raison de son éloignement. 

La base aérienne de Cazaux était (et est toujours) d'une grande taille, et comptait une trentaine d'unités différentes. Le tir air-sol était l’une de ses attributions principales et la base organisait chaque année une grande démonstration. Au plan opérationnel, des unités de tous les commandements aéronautiques étaient représentées, ce qui donnait des relations très riches et variées.

N'oublions pas que le premier poste de commissaire de base a été ouvert sur cette base. Le bureau du commissaire était même situé en face de celui du commandant de base, ce qui n'était pas le cas partout. L'exercice de la surveillance de l'administration intérieure y était particulièrement lourd, ce qui m’amena à réfléchir à la méthodologie d'audit. 

Dernière étape d’une carrière marquée par la mobilité, départ vers la région aérienne Méditerranée, en première ligne lors de la guerre du Golfe, avec la base d'Istres, importante plate-forme de regroupement et de départ. Dans cette direction, une première attribution dans la restauration, une nouvelle fois, suivie de la mise en place de l'audit interne, durant ma dernière année de service dans le commissariat de l’air. Ce sujet ayant fait l'objet de ma thèse du brevet technique à l'époque de l'affectation à Cazaux, son développement dans tout le commissariat de l’air fut décidé par le directeur central qui présidait alors le jury.