mardi 21 juillet 2026

De commissaire de l’air à l’assistance technique internationale : une vie, 3 métiers

par Jacques Roudière 

Nous avons souvent publié des articles concernant des commissaires de l'air ayant poursuivi - ou prolongé - leur carrière professionnelle dans de nouveaux environnements statutaires, dans les secteurs public ou privé. Nous poursuivons notre série avec un jeune "ancien" (ECA 76), le contrôleur général des armées Jacques Roudière, qui évoque le lien entre son actualité professionnelle et son expérience issue, notamment, de 15 ans passés au sein du Commissariat de l'air.

Commissaire de l’air de 1976 - promotion ECA 76 - à 1991, puis contrôleur général des armées, j’ai eu la chance d’occuper pendant quatorze ans des postes de directeur d’administration centrale, dont sept à la tête de la direction des ressources humaines du ministère de la Défense, qu’il m’a été donné de créer. Lorsque j’ai pris ma retraite de l’administration, fin 2018, une troisième vie professionnelle m’attendait, que je n’avais pas vraiment planifiée : l’assistance technique internationale. C’est elle que je voudrais raconter ici - non pour présenter ma carrière sous un jour immodeste, mais parce qu’elle illustre, je crois, ce que permettent le travail, la persévérance et une ambition bien comprise.

L’aventure s’était amorcée dès 2012, en Grèce, en pleine crise de la dette. Appelé à participer à l’appui européen à la réforme de l’administration grecque, j’y ai pris la tête de la composante « ressources humaines » de la réforme de l’administration centrale - mission poursuivie pendant plus de dix ans au travers de SH&KR, la société que je dirige depuis 2018, pour le compte de la Commission européenne et d’Expertise France. Organisation du travail administratif, description des missions et des postes, refonte du cadre statutaire et de la grille salariale, recrutement, évaluation, mobilité, télétravail : peu de chantiers de la fonction publique hellénique auront échappé à notre équipe franco-grecque. En juin 2022, Athènes a célébré ces dix années d’assistance technique - un moment d’émotion pour tous ceux qui y avaient consacré tant d’énergie. 

Bangui 14 juillet 2026
Devenue mon métier à part entière fin 2018, l’expertise m’a conduit bien au-delà. En Tunisie, où j’accompagne depuis 2022 la refonte du système d’évaluation des agents publics pour la coopération allemande (GIZ). En Mauritanie, sur la gestion prévisionnelle des effectifs et le système d’information RH. Aux Comores, pour bâtir une stratégie RH et poser les fondations de l’e-administration. À Madagascar, pour le FMI, sur la paie et les pensions des fonctionnaires. Au Caire, pour former les jurys de sélection d’une École nationale d’administration égyptienne. À Beyrouth, auprès de la Sûreté générale libanaise, sur la gestion des compétences et l’éthique. Et depuis 2025, à Bangui : la République centrafricaine, avec ses 26 000 fonctionnaires pour plus de cinq millions d’habitants, a engagé une refonte courageuse de son statut général de la fonction publique, que la coopération française accompagne pas à pas. L’Europe n’est pas en reste : jumelage en Albanie, formations en Croatie et en Serbie, ateliers en Slovénie, échanges au Monténégro et en Macédoine du Nord. Et puis encore le Mexique, le Brésil, le Kazakhstan, Saint Domingue, Bahreïn, le Koweït, l’Algérie, le Maroc...

Bangui 2026
Que retenir de ces années ? D’abord que les problèmes de gestion publique se ressemblent étonnamment d’un pays à l’autre - attirer les compétences, organiser le travail, évaluer avec justice, rémunérer avec équité - mais que les solutions ne se transposent jamais telles quelles : l’assistance technique n’est pas l’exportation d’un modèle, c’est un dialogue et une co-construction. Ensuite, que tout ce que j’y apporte vient de ce que le commissariat de l’air, puis le contrôle général des armées et les directions d’administrations centrales m’ont appris : la rigueur, le sens de l’organisation, l’attention aux hommes et aux femmes qui font l’administration. Notre formation et nos parcours constituent un capital reconnu bien au-delà de nos frontières.

Un premier métier dans les armées, un deuxième au sommet de l’administration, un troisième au service des administrations du monde : je n’aurais pas osé l’écrire en rejoignant l’École du commissariat de l’air en 1976. À ceux de nos camarades que tenterait l’aventure de l’expertise internationale, je ne peux que dire : allez-y. Les administrations du monde ont besoin d’expérience - et l’expérience, c’est ce que nous avons de mieux à offrir.