Nous avons suivi ces derniers mois la commissaire de 1ère classe Emilie (ECA 2020, Promotion « Croix de Lorraine ») qui a soutenu le détachement « Liberté 250 » pendant plus d’un mois aux Etats-Unis.
Interview
Vous avez été désignée pour être le commissaire de la mission « Liberté 250 ». Quel est votre poste actuel, quel a été votre parcours jusqu’ici et quelle est votre filière professionnelle ?
Je suis actuellement au Bureau Finances de l’Etat-major de l’armée de l’air et de l’espace (EMAAE) où j’occupe le poste de chef de section « Activité des forces ». Je suis en charge de la gestion des crédits de l’UO AA02, en lien avec les grands commandements de l’armée de l’air et de l’espace (carburant opérationnel, munitions, soutien des bases aériennes, exercices du Livre bleu (1), marchés de services spatiaux…).
Avant de passer le concours de commissaire des armées, j’ai effectué des études de droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas et à La Sorbonne où j’ai été diplômée d’un Master 2. Après deux ans de scolarité à Salon-de-Provence, j’ai été affectée en tant que commissaire de la base aérienne 105 d’Evreux pendant deux ans. J’occupe mon poste actuel à l’EMAAE depuis 2024. Les dominantes d’emploi de mon parcours en tant que commissaire des armées sont la Finance et le Droit.
Quels étaient le calendrier, le parcours et le programme prévus pour cette mission ?
« Liberté 250 », c’est le déploiement outre-Atlantique des Alphajet de la Patrouille de France, d’un A400M Atlas et de 85 aviateurs pour célébrer le 250ème anniversaire de l’indépendance américaine aux côtés des forces armées américaines.Pour rejoindre New-York, il était prévu un convoyage de 5 jours à travers l’Ecosse, l’Islande, le Groënland et le Canada, accompagnés d’un Falcon 50 de la Marine nationale qui réalisait la Search and Rescue (SAR). La Patrouille de France et l’A400M devaient ensuite participer à une série de survols mémoriels au-dessus de lieux historiques qui lient les deux nations sur la côte Est des Etats-Unis, à commencer par la Statue de la Liberté à New-York. Ce devait être également l’occasion pour la Patrouille de France de prendre part à de grands meetings aériens américains aux côtés des Thunderbirds et des Blue Angels. Les équipages de l'A400M devaient quant à eux mener des entraînements conjoints avec leurs homologues des C-17 américains. La mission Liberté 250 devait se clôturer par la participation de la PAF au défilé aérien du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, à New-York, avant de reprendre la route du convoyage retour pour revenir à temps pour le défilé du 14 juillet à Paris. Programme extrêmement riche et chargé donc, où les phases de convoyages aller et retour constituaient « une mission dans la mission » pour le commissaire d’exercice !
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| Carte du convoyage aller |
Quel a été votre rôle en tant que commissaire d’exercice ?
En tant que commissaire d’exercice, mon rôle est d’organiser tout le soutien commun de l’ensemble du détachement : Patrouille de France, A400 M, Falcon 50, SIRPAAE, service de l’énergie opérationnelle (SEO), Handling Agent… A ce titre, je me suis occupée de la réservation des hôtels, de l’organisation des repas, de la location des véhicules, de la blanchisserie, des moyens de communication (cartes SIM), des dépenses de représentation…
J’étais chargée du suivi budgétaire de l’ensemble de ces dépenses pour lesquelles je disposais notamment d’une carte bancaire spécifique. Le commissaire d’exercice doit également s’assurer du cadre juridique existant avec le pays hôte. En bref, le commissaire est le premier point de contact pour toutes les questions financières et juridiques de la mission.
Quelle a été la spécificité de la mission Liberté 250 en matière de soutien ?
En termes de soutien, la mission Liberté 250 a revêtu plusieurs spécificités :
- Une cinématique multi-sites : les convoyages aller et retour et le format itinérant sur la Côte Est des Etats-Unis entraînent un niveau de complexité supplémentaire par rapport à une mission classique qui se déroule sur un seul site d’entraînement. Le convoyage impose un rythme particulièrement soutenu pendant près d’une semaine, avec trois pays traversés dans une seule journée : on se réveille en Ecosse, on déjeune en Islande et on dort au Groënland. Cela renforce d’autant plus l’empreinte logistique. Il faut donc faire preuve d’une certaine souplesse dans la gestion des imprévus, inévitables !
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| Circuit aux USA |
- Une opération de rayonnement stratégique pour l’AAE et pour la France : le déploiement de la Patrouille de France aux Etats-Unis dans le cadre des commémorations des 250 ans de leur indépendance a eu un retentissement médiatique mondial. La portée diplomatique de la mission ne laisse pas le droit à l’erreur en matière de soutien, ce qui rend l’expérience d’autant plus stimulante ! Le rôle du commissaire est en effet essentiel : décharger les pilotes et les mécaniciens des contraintes logistiques du quotidien pour qu’ils puissent se concentrer sur la mission. En cela, il contribue directement à sa réussite : un pilote qui a bien dormi, qui a correctement mangé et dont la combinaison de vol est propre, est placé dans les meilleures conditions pour réussir son vol.
- La configuration du détachement : il faut s’adapter aux emplois du temps des différentes unités. Bien sûr, la Patrouille de France, qui a un fonctionnement très spécifique, assez comparable à celui de sportifs de haut niveau. Mais il ne faut pas oublier non plus le soutien des autorités militaires, de l’A400 M, du SIRPAAE… Et donc faire du « sur-mesure » dans la réponse apportée aux besoins opérationnels.
Y avait-il un commissaire dans les précédentes missions de la PAF aux USA pouvant vous donner ainsi accès à un RETEX, même ancien ?
La dimension historique de ce type de mission fait qu’il n’existe pas de RETEX récent. Cependant, j’ai eu la chance de côtoyer les deux autres commissaires qui ont accompagné la PAF aux Etats-Unis par le passé : d’une part, la commissaire principal Claire B. qui a été notre référente « milieu Air » à l’Ecole des commissaires des armées et qui est partie avec la PAF en 2017. Et d’autre part, le commissaire en chef Philippe L., mon chef à l’EMAAE, qui a accompagné la PAF en Russie, en Amérique du Nord et en Amérique latine lors de la tournée de 2009. Leurs témoignages m’ont beaucoup inspirée et je suis fière de m’inscrire dans leurs pas.
Comment avez-vous préparé la mission et comment vous sentiez-vous à quelques jours du départ ?
J’ai eu beaucoup d’interactions avec la Mission de Défense (MDD) à Washington, avec les prestataires américains, les grands commandements de l’Armée de l’air et de l’espace, la Patrouille de France… C’est un travail d’équipe au sein de la « Core Planning Team », équipe de commandement dont le commissaire d’exercice fait partie.Pour ce qui est du départ, j’avais un mélange d’appréhension au regard du niveau d’enjeux, mais aussi d'excitation à l’idée de concrétiser des mois de préparation et de travail, réalisés pour l’essentiel depuis mon bureau à Balard. Le décollage le 3 juin dernier, depuis Salon-de-Provence, avait une saveur toute particulière. Ce n’est qu’au pied de l’A400M que l’on réalise véritablement ce que l’on s’apprête à vivre !
(1) Document programmant tous les exercices opérationnels de l’AAE
A suivre dans un prochain article, le déroulement de la mission.




