samedi 16 mai 2026

Base aérienne de Doullens : un commissaire commande les troupes en armes

Par le commissaire général (2S) Michel Barbaux

Chaque année, le 26 mars, à Doullens (Somme), est commémoré un événement historique : c’est le 26 mars 1918, dans la grande salle de l’Hôtel de ville, au 1er étage, que le maréchal Foch se voit confier la mission de « coordonner l’action des armées alliées sur le front Ouest ». Sont notamment présents à cette réunion, côté français, outre le maréchal Foch, le président Poincaré, le président du conseil Clemenceau et les généraux Pétain et Weygand.

L’unité de commandement sera confirmée à la conférence de Beauvais le 4 avril.

Commissaire capitaine, en fonction sur la BA 922 (base radar) depuis l’été 1979, je suis désigné par note de service signé du commandant de base, le colonel Signoret, pour commander les troupes en armes lors du défilé du 26 mars 1981.

Dois-je faire valoir mon état d’« officier des services pour décliner cette responsabilité ?  Ma décision est vite prise de ne pas me « récuser », de considérer cette désignation comme un honneur et de faire ainsi la démonstration ou plutôt d’apporter la confirmation de ma parfaite intégration parmi les officiers de cette base.

Lors du vin d’honneur qui suit le défilé, le sénateur-maire, Jacques Mossion, remercie et félicite le colonel d’avoir confié le commandement des troupes à « un jeune capitaine qui a très bien défilé » (sic)


.Faut-il faire la publicité de cet événement ? De toute façon, cela va se savoir ! Alors j’en prends le risque - le risque d’être réprimandé - en faisant parvenir à la direction centrale, dont je souhaite tester la réaction, un article et quelques illustrations photographiques aux fins de publication dans le BLCA (bulletin de liaison du commissariat de l’air).

N’ai-je pas dérogé à la sacro-sainte règle selon laquelle un officier des services ne doit pas porter les armes et encore moins commander des troupes en armes ?

À vrai dire je m’attends à une belle « remontée de bretelles » ! Eh bien non ! Bien m’en a pris, car je reçois un appel téléphonique du directeur central en personne, le général Louet, qui me félicite chaudement pour cette « heureuse initiative ». Je n’en crois pas mes oreilles. Quel soulagement et quelle fierté !

Toutefois, dès la parution du BLCA, je m’attire les foudres de quelques camarades commissaires de base : « tu n’avais pas le droit », « tu casses la baraque », « à cause de toi on va devoir le faire » ….

Peu à peu, à partir de 1981, d’autres commissaires de base ont eu l’occasion de commander des troupes en armes, sans que cela remette en cause notre statut de commissaire, officier des services.