Des principes de management qui sont toujours actuels, même si les libellés ont pu évoluer en 80 ans.
Commissariat à la guerre et à l’air (2)
Etat-major général « Air »
Directeur du Service de l’administration de l’armée de l’air et du budget
Note de service n° 146/SAAA/I du 3 février 1944 (les passages en caractères gras sont de la rédaction)
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| Général Bouscat |
Sans doute, les fonctions d’ordonnancement, de régularisation et liquidation des dépenses, celles de vérificateurs des comptes des corps de troupe et établissements et celles de délégués à la surveillance administrative conservent-elles toute leur importance et une utilité indubitables dans la période actuelle.
Les commissaires de l’air doivent être aussi des ravitailleurs : ravitailleurs en denrées et matériels des subsistances, ravitailleurs en effets d’habillement, matériels de campement et d’ameublement. À ce titre, la fonction administrative qui en découle revêt une ampleur qu’il appartient à chacun de mesurer avec tout le soin désirable dans sa sphère d’action.
Les éléments de la fonction d’administrateur sont au nombre de cinq : la prévoyance, l’organisation, le commandement, la coordination, le contrôle.
La prévoyance est l’élément le plus important de l’administration. Elle est à l’origine de tout, elle est de tous les instants. C’est en elle que l’action personnelle du chef est la plus grande.
L’organisation permet de munir la tâche entreprise de tous les organes nécessaires et de prendre toutes les mesures indispensables à son fonctionnement.
Le commandement est une des fonctions les plus délicates et les plus difficiles de l’administration et exige : connaissances très étendues, autorité, bon exemple, ténacité, énergie, constance, équité.
La coordination permet de mettre de l’harmonie entre tous les actes d’administration.
Le contrôle consiste à vérifier si les ordres ont été transmis, compris et correctement exécutés. Il doit porter sur tout, se faire partout : c’est l’œil du maître.
Les principes sont de toute nécessité en administration, mais ils ne peuvent servir que de guide, que de conseillers dans presque toutes les situations qui se présentent. Ils sont peu nombreux et la plupart sont autant des procédés que de véritables principes. Ceux dont l’administration doit particulièrement s’inspirer sont : la hiérarchie, l’initiative et la responsabilité, l’autorité, la discipline, l’union du personnel, l’équité, la rapidité d’exécution.
La hiérarchie fixe le chemin que doivent suivre les ordres et les communications de l’autorité et, en sens inverse, les communications du personnel. La voie hiérarchique est sûre et maintient l’unité de commandement ; elle a le défaut d’être souvent trop lente.
La délégation d’autorité appelle l’initiative, chez celui qui en est l’objet. C’est un moyen puissant d’administration, un stimulant important. Elle rend le travail agréable, intéressant, et obtient un plus fort rendement.
L’initiative de tous, venant s’ajouter à celle du chef, est une grande force. On s’en rend compte surtout dans les moments difficiles.
Il n’y a pas d’initiative sans responsabilité. L’une ne va pas sans l’autre. Celui qui accepte la première assume, par ce fait même, la seconde. Partout où une initiative s’exerce, une responsabilité prend naissance. Celle-ci est un corollaire de l’initiative, sa conséquence naturelle, sa contrepartie nécessaire. La responsabilité, vaillamment encourue et supportée, est une source de considération et fait naître chez l’inférieur un sentiment de gratitude, car se sentant couvert et soutenu, le subordonné, n’hésite pas à donner toute sa confiance.
L’autorité c’est le droit de commander et le pouvoir de se faire obéir. On distingue dans un chef, l’autorité statutaire et l’autorité personnelle. La première tient à la place occupée, la seconde en est le complément, elle est faite d’intelligence, de savoir, d’expérience, de valeur morale et personnelle, du don de commandement, de services rendus, de la connaissance des hommes et des choses, de l’équité du chef et, surtout, de son bon exemple.
La discipline est le respect de toutes les règles et convention qui régissent les rapports des autorités et des membres qui ont à connaître de la fonction administrative.
L’union du personnel est indispensable pour rendre le travail léger, agréable, tout en obtenant le plus grand rendement. Savoir créer l’union de son personnel et l’entretenir est un art qui exige, de la part du chef, la connaissance complète de ses subordonnées, un grand cœur et des qualités réelles de psychologue et d’administrateur.
L’équité est la justice appliquée avec bienveillance, et non la justice stricte, intransigeante, définie en se plaçant seulement sur le terrain des droits.
La rapidité d’exécution est un principe à observer sur lequel il serait puéril d’insister dans les circonstances présentes. Elle est un facteur indispensable de succès dans l’aboutissement de la tâche entreprise. On ne saurait concevoir l’efficacité de la fonction administrative, sans que celle-ci atteigne rapidement le but qu’elle se propose.
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C’est en s’inspirant des principes ainsi rappelés que les commissaires ordonnateurs de l’air, directeurs ou chefs de service, devront assumer leur fonction d’administrateur, fonction dans laquelle s’intègre celle de ravitailleur qui revêt présentement une importance primordiale.Le commissaire ordonnateur de première classe J. Perret
Directeur du SAAA et du budget
Destinataires : Directeurs de l’intendance de l’air au Moyen-Orient-Beyrouth, au Maroc- Rabat, en Algérie-Alger, en A.O F.- Dakar, en Grande-Bretagne-Londres, en Tunisie-Tunis, en Corse-Ajaccio
(1) Commissaire général de division aérienne Joseph Perret (1893-1979). Premier directeur central de l’intendance de l’air (octobre 1944) puis du commissariat de l'air (1947). Voir notre article (moteur de recherche, inscrire : « perret »)
(2) André Le Troquer, de novembre 1943 à avril 1944





