Dans les premiers temps, le froid a été le grand ennemi des navigants, nécessitant le développement d’effets protecteurs (combinaisons, gants, chaussures), sans oublier le casque qui devait à la fois protéger d’impacts variés et du froid.
Si les évolutions du casque et de la combinaison d’aviateur au fil du temps ont fait l’objet de quelques descriptions dans la littérature spécialisée, il n’en va pas de même pour les effets du personnel navigant confectionnés en cuir.
Deux articles de collectionneurs, que nous remercions, donnent une première vue d’ensemble de la question, rédigés en l’absence de textes et descriptifs officiels qui, comme beaucoup d’autres, n’ont pu survivre aux circonstances ou aux restructurations administratives.
L’AMICAA remercie à l’avance les lecteurs susceptibles de lui communiquer des documents d’époque portant sur ces effets de vol en cuir évoqués dans ces articles (extraits de bulletins officiels, de marchés, informations sur des confectionneurs, catalogue des tenues, etc.).
LES EFFETS DE VOL EN CUIR DES PERSONNELS NAVIGANTS MILITAIRES : UN HISTORIQUE SOMMAIRE
Le manteau et la veste
En 1914-18, il fût décidé de fournir aux navigants de l’aéronautique militaire le veston en cuir (noir) des pompiers de Paris, qui s’avéra vite insuffisamment protecteur contre le froid et fût rapidement complété ou remplacé par de multiples effets civils en cuir et fourrure (combinaisons, manteaux, vestes et sur-pantalons, etc.) … qui furent portés jusque dans les années 30 … et dont certains (marques Lemercier, Aviorex, Morel, Raglena, etc.) ont été adoptés comme effets « réglementaires ».Le « manteau de cuir de vol » est souvent cité par les textes relatifs à l’habillement comme pouvant « être porté sur les terrains ou en ville (…) seulement au cours des déplacements aériens » mais ne semble jamais décrit (en tout cas dans les quelques textes dont je dispose). Le livre « Les uniformes de l’armée française » d’E. L. Bucquoy de 1935 comporte une petite énumération (page 250) : « Vêtements de vol : veston de cuir noir (…), pantalon et veston de cuir brun, combinaison de cuir brun, etc. ». Une circulaire du 13 juillet 1939 parle tantôt de « manteau de cuir de vol » (articles 23 et 55), tantôt de « veste de cuir de vol » (articles 38 et 53). Cette « veste de cuir de vol » évoquée dans le texte de 1939 correspond vraisemblablement au trois-quarts en cuir brun (avec un « charognard » gaufré dans le cuir au-dessus de la poche de poitrine à gauche) et est souvent appelée « modèle 1936 ». C’est le veston emblématique des navigants des années 39-40 (et même bien après) qu’on voit sur la majorité des photos d’époque.Le « manteau » (long) est présent sur les photos d’archives jusqu’au milieu des années 30 puis plus rare sur celles des années 40. Mais on sait bien que les textes conservent souvent des appellations périmées… Ainsi, une circulaire du 16 décembre 1946 (qui sera abrogée par celle du 21 mars 1952) mentionne encore (article 19) que « les manteaux en cuir encore en service, bien que ne faisant plus partie de la collection des vêtements de vol, restent autorisés jusqu’à leur mise hors d’usage ».Le blouson de vol
Quant à l’arrivée des blousons dans la tenue française, c’est évidemment dû au fait que nos aviateurs sont progressivement équipés et habillés d’effets américains (et anglais) à partir de 1943. Avec l’amélioration technique des avions, les lourdes tenues en cuir (fourrées et/ou chauffantes) sont progressivement abandonnées au profit de vêtements plus confortables … Et l’armée de l’air française va notamment recevoir de l’USAAF des blousons en cuir brun (les légendaires modèles A-2 summer et B-2 winter) puis en toile kaki avec col en fourrure fauve (modèles « hiver » B-10 et B-15), qui seront officiellement en dotation pour les français jusqu’en juillet 1948 … et ont en partie inspiré nos propres créations françaises. Il y a eu notamment, au milieu des années 50, une tenue de vol « made in France », pantalon et blouson, en toile kaki avec col fourrure (ressemblant fort aux modèles US évoqués et dont l’aspect sera repris par le blouson « temps froid » des années 70-90). En outre, à la fin des années 50, le fabriquant « Lemercier » aurait, semble-t-il, produit un blouson en cuir bleu clair avec doublure intérieure orange (cf. article suivant). Notre fameux blouson PN en cuir bleu-gris est, je crois, mis en dotation en 1964 (avec une poche de bras gauche externe arrondie), puis a été modifié dans les années 80 (avec une poche de bras interne surmontée d’un emplacement rectangulaire pour stylo avec fermeture par scratch). Rançon de son succès, il a été largement copié par nombre de fabricants (avec des variantes de couleur et de finition et un niveau de qualité très variable), copies qu’on pouvait acheter dans les « foyers de l’aviateur » ou chez certains maîtres-tailleurs. Le blouson de vol en tissu thermostable (kermel) ayant été mis en service en 1994, c’est vraisemblablement à cette date (?) que le blouson de cuir bleu a été retiré de la liste des effets de vol … et de l’imagerie de nos aviateurs.Et ce, jusqu’à un message du 15 septembre 2017 autorisant à nouveau le port (uniquement en tenue de service courant*) de cet emblématique « blouson de cuir PN », à ressortir des cartons (si son état reste présentable**) ou à acquérir à ses frais … pour contribuer à la promotion de « l’identité de l’aviateur » !
Jean-Sébastien Bougon***
* La commission des tenues de la Marine a également émis la tolérance du port du blouson cuir sur les tenues - hors tenue de vol - et ceci quotidiennement.
**Entretenu avec du cirage bleu de la marque "Saphir", référence "Bleu pétrole n°46" (précision d'un internaute)
***Voir aussi les articles suivants : « Rencontre d'un collectionneur de l’Air » (2 février 2025 ; moteur de recherche : « collectionneur ») ;« Une exposition au Chesnay-Rocquencourt : La vie quotidienne des Français en 39-45 » (21 novembre 2025 ; moteur de recherche : « exposition »)
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LE BLOUSON DE VOL PN EN CUIR EN DÉTAIL
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Pour les fermetures à glissière, les marques « Eclair-Prestil » et « Fermeture ailée » (créées par M. Guy Lacam en 1946 à Ivry-sur-Seine puis réinstallation à Airaines - Somme) ont obtenu les marchés du Commissariat de l’air, lequel fournissait ensuite les confectionneurs. La société Bonduel industries est aujourd’hui propriétaire de ces deux marques.
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La question des copies
Certains fabricants bénéficiaires des marchés du blouson authentique - voire certains maîtres-tailleurs sur base aérienne - ont pu aussi, à certains moments, commercialiser des copies de coupe et de qualité très similaires, mais avec des composants ou matières du commerce (cuir plus épais et plus rigide que l'authentique, fermeture à glissière YKK, etc..). D’autres fabricants, étrangers, sont apparus par la suite, n’hésitant pas à inscrire la mention « AUTHENTIQUE BLOUSON DE PILOTE TYPE PN MOD.1964 » avec un numéro sur une étiquette cousue sur la doublure.
Conseils pour authentifier un blouson cuir de personnel navigant de l'armée de l'air française :
1- le blouson est constitué de 7 poches : 2 poches de chaque côté, 2 poches en biais à l'intérieur, 1 petite poche intérieure dans la doublure avec fermeture à glissière noire de marque "ECLAIR" (gage d'authenticité, et non « YKK » fabricant japonais ou même sans marque) contenant une chasuble de signalisation rouge/orange (pas jaune), 1 poche sur la manche gauche (ronde sur les premiers blousons puis rectangulaire) avec fermeture à glissière également de marque "ECLAIR", 1 poche porte-grade sur la poitrine ;
2- une étiquette avec le nom du fabricant français, la taille et la référence du marché du Commissariat de l’air : numéro et année de fabrication ;
3- le col ne comporte pas de languette en cuir avec bouton-pression ;
4- un col amovible en fourrure synthétique marron (jamais noir) fixé d'abord par boutonnage, ensuite par fermeture éclair ;
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7- le dos est d'un seul tenant (sans aucune couture - ni horizontale, ni verticale)* ;
8- la doublure est de coloris noir (et pas bleue), matelassée, amovible, fixée par fermeture éclair et velcro (pas sur les blousons de la première génération, c.-à-d. ceux avec poche ronde sur la manche gauche) ;
9- soufflets élastiques aux manches.
Remerciements à Passion Militaria (https://www.passionmilitaria.com/t46322-blouson-de-vol-de-l-armee-de-l-air-70-s-80-s?highlight=blouson) et aux contributeurs : « james 49 », « lemercier », « armachoc » (photos mentionnées), « colosse 71 », « acontucou », etc.
* Selon un internaute : « Il a existé un blouson original fabriqué par MIC (et MIC uniquement) à destination des escadrons de Jaguar et des flottilles de Crusader qui comportait (si on peut dire) des coutures verticales mais toujours et seulement 3 pièces de cuir, comme les blousons réglementaires.
En fait, il s’agissait d'un modèle "élargi" demandé par l'AA et l'AN car certaines commandes de vol "éloignées" dans les Jaguar et Crusader, imposaient de "tirer le bras" pour les atteindre.
Le blouson fermé, surtout lorsqu'il était très ajusté, était gênant pour atteindre ces commandes. Un modèle de blouson a alors été élargi au niveau des épaules (en élargissant les 2 pièces de cuir sous les bras) pour rendre les manips plus faciles. »






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