jeudi 26 mars 2020

1970, le premier album promo de l’ECA*

Michel Braud (ECA 68)

Réunion de travail sur le tarmac
Au delà de ses apparences stéréotypées, liées aux pratiques personnelles du responsable et aux capacités techniques du moment, l'album photo d'un groupe, qu'il s'agisse  d'une famille, d'une promotion d'une grande école ou d'une équipe sportive, permet de s'interroger aussi sur des injonctions issues des règles du groupe (par exemple le degré de libération de la parole dans l'institution), sur les événements absents et les non-dits (décelables ultérieurement) ou encore, s'agissant de la forme, sur l'impact des "modèles" ambiants (principalement les publicités). A cet égard, les albums des promotions de l'ECA seront - aussi - utiles aux chercheurs de demain sur ce que fut le commissariat de l'air. Zoom sur l'album de la promotion 1968.

"1er octobre 1969, reprise des cours de la deuxième année d’école de la promotion ECA 68 : dans la salle de cours du détachement d’Aix-en-Provence, devant les élèves de deuxième année, les instructeurs, les commissaires Thiriot et Ducassé, le directeur régional du commissariat, le commissaire général Mousist, et le chef du CBA d’Aix-en-Provence (1), le commissaire colonel Duplessis-Kergomard, le tout nouveau directeur de l’école, le commissaire lieutenant-colonel Bouillaud, expose sa vision de l’année à venir et les orientations qu’il entend lui donner.

Certaines sont de fond, comme la rédaction d’une étude personnelle sur un sujet d’administration en lien avec l’armée de l’air (2) ou un stage d’une semaine dans une entreprise (qui se déroula du 20 au 24 avril 1970 : selon les élèves chez Metallinox, Baudouin et Unipol). D’autres orientations sont plus anecdotiques comme la suppression de l’estrade sur laquelle les instructeurs faisaient cours, mais aussi la réalisation d’un album retraçant la vie de la promotion à l’école.

Réaliser l’album

J’ai accepté de prendre la responsabilité de la confection de l’album de notre promotion pour la réalisation duquel le commissaire Bouillaud nous laissa la plus grande liberté.

L’album a donc été réalisé comme la promotion l’entendait.

Sur le plan matériel, l’album fut assez spartiate : des fiches bristol 21/29,7 réunies dans un classeur d’écolier noir ; peu de couleurs qu’il s’agisse des photos ou des dessins (pour eux, la seule couleur fut le feutre rouge utilisé pour matérialiser les croix rouges de l’infirmerie). Quand même, une touche d’originalité : le badge en tissu de l’école du commissariat de la marine qui, donné lors de la visite à cette école, fut cousu à gros traits à même une fiche bristol (3).

Cet album se voulait plus ou moins humoristique et privilégiait l’illustration au texte (réduit aux légendes des illustrations, d’autant que nous ne voulions pas abuser de la gentillesse de la secrétaire du directeur de l’école, Mme Rebuffel, qui accepta de se charger de sa frappe).

L’aspirant Morlot qui effectuait alors son service militaire au détachement de l’école à Aix-en-Provence en 1969-1970 et avait un véritable talent de caricaturiste, participa directement à la réalisation de l’album. Le commissaire Bouillaud me mit en relation avec le service-photos de l’Ecole de l’air ce qui permit d’étoffer l’iconographie de l’album.

Cet album fut remis au directeur de l’école à la fin du mois de juillet 1970 avant le départ en vacances.

Qu’était-il devenu ? Lors du cinquantième anniversaire de l’école en 2003, les différents albums promo furent exposées et les anciens purent les consulter ce qui me permit de constater que quelques pages avaient été retirées de l’album pour illustrer une des plaquettes consacrées aux différentes promotions (en l’occurrence, la plaquette consacrée aux promotions 1966 à 1968) remise aux commissaires des promotions correspondantes, présents lors de ce cinquantième anniversaire : c’est le cas des cinq dessins de la plaquette.

Retrouver l’album 50 ans après

Grâce à l’obligeance du Commissaire général Vallecalle, qui reste en relation avec l’école devenue interarmées, j’ai pu reproduire l’album (du moins ce qu’il en restait).

L’album était divisé en cinq thèmes :
- présentation de la promotion ;
- avec l’Ecole de l’air ;
- l’Ecole du commissariat de l’air face à elle-même ;
- le commissaire sillonne toute la France ;
- le commissaire a les yeux ouverts sur le monde.

Quand on feuillette cet album, il est bien évident que n’y apparaît pas la routine, notamment celle des cours, résumée à quelques caricatures de professeurs civils les plus marquants (les instructeurs militaires eurent droit à des photos, respect de la hiérarchie oblige).

En revanche, la vie militaire qui a fortement marquée les étudiants que nous étions y est représentée par quelques croquis ; bahutages, formation militaire, parachutisme. (4)

Autres évènements marquants : en février et mars 1970, le tournoi de tennis de l’école du commissariat sur le cours du cercle Saint-Exupéry d’Aix-en-Provence auquel participèrent non seulement les instructeurs et les élèves de l’école mais aussi des commissaires des CBA d’Aix et de Salon et … un serveur du cercle.

Sans doute aussi pour la 1ère fois, une soirée dansante de l’ECA le 13 mars 1970, toujours au cercle Saint-Exupéry. Le carton d’invitation (inséré dans l’album) mentionnait : « Au Programme punch, sangria : à volonté buffet froid, beaujolais soupe à l’oignon danse, jeux de 21 heures à l’aube- tenue de ville- participation aux frais : 20 francs ».

Sinon, l’album apparaît comme un album de voyages : le 1er étant à Paris au cercle Saint-Augustin le 15 novembre 1968 pour le 15ème anniversaire de l’école, puis ensuite les traditionnels voyages textile et cuirs (5), visites d’établissements militaires, deux jours en Corse les 18 et 19 mars 1970.  Plus original, une descente dans la mine de charbon de Gardanne le 10 mars 1970 et la dégustation de biscuits aux protéines de pétrole lors de la visite de la raffinerie BP à Lavéra le 28 avril 1970.

Le dernier mois de scolarité fut un véritable avant-goût des vacances prochaines : du 29 juin au 3 juillet, toute une semaine de stage de voile à l’Ecole navale dont une journée sur le « Mutin ». Le week-end terminé, rendez-vous le 7 juillet en Armagnac pour une visite œnologique suivie du 8 au 10 d’un stage… chez les parachutistes à Pau !

Rappel aussi de voyages plus lointains : 6 et 7 mai 1969, voyage à Berlin avec la promotion 1967 ; du 20 au 29 juillet, croisière de fin de 1ère année à Madagascar et à La Réunion. Comme l’album a été remis au directeur juste avant le départ en vacances à la mi-juillet 1970 et que la promotion s’est dispersée dès le retour de la croisière de fin de 2ème année en septembre, l’album est muet sur cette croisière aérienne (avec un DC-6 du GLAM) qui nous conduisit au Sénégal, en Guyane et aux Antilles (6).

L’évènement le plus mémorable, bien qu’il ne concernât pas spécifiquement l’école du commissariat, fut le « mur » de la promo EA 68 le 16 mai 1969, dont nous fûmes assez fiers (la hiérarchie de l’Ecole de l’air et même la hiérarchie de l’Armée de l’air, beaucoup moins). Pour résumer, un village fut mis « en quarantaine » suite à la chute accidentelle d’une bombe - non explosée - dans le secteur.  L’évènement fit l’objet de mentions dans la presse régionale et nationale : à titre d’exemple, quelques titres d’articles repris dans l’album : Le Méridional du 17 mai : « Un avion perd une bombe ! Tout Ollières la cherche et… la trouve » ; à la une de France Soir du 18 ou 19 mai : « Un colonel (7) mobilise un village du Var pour retrouver une bombe » ; La Marseillaise : « Un avion a-t-il perdu une bombe dans le Var ? » ; à la rubrique des faits divers du Provençal Dimanche : « Réelle ou d’exercice, la « bombe » tombée à proximité d’Ollières ? ». La réponse fut enfin donnée par un article de Nice Matin du 19 mai : « La bombe d’Ollières : un canular monté par la promotion de l’école de l’Air de Salon ».

Michel Braud

*Si antérieurement, des albums promo ont été réalisés, qu’ils aient été officiels comme le nôtre ou officieux, cette chronique pourra être complétée, s’il y en eut avant. Il en va de même en ce qui concerne les promotions suivantes (outre la promo 75 précitée).

(1) Commissariat des bases aériennes : organismes chargés notamment de la surveillance administrative des bases aériennes de leur ressort, avant leur dissolution à partir de la mise en place de commissaires sur les bases en 1972-1973

(2) Par exemple, en ce qui me concerne, le sujet fut le suivant : « Comment fonctionne un self-service ou un restaurant d’entreprise ? Quels enseignements peut-on en tirer en ce qui concerne le service des subsistances de l’armée de l’air ?» (on ne parlait pas encore de restauration pour ce service qui dépendait alors des Moyens généraux)

(3) Il semble que par la suite les albums promo aient progressé : cf. interview du commissaire général (2S) Oudot : « L’album promo de la 75 » du 30 juin 2013.

(4) Voir mes croquis dans l’article de juillet 2018 « Les ECA 68 en treillis »

(5) En fait, la partie « cuir » du voyage fut annulée, une tempête de neige nous ayant bloqués sur la base aérienne n° 725 du Bourget du Lac (base fermée en 1985)

(6) Avant de prendre l’avion, le directeur, le commissaire lieutenant-colonel Bouillaud, avait demandé à la promotion de lui rapporter un souvenir de la croisière. Au Sénégal, rien de bien original (des masques pour touristes). Ce n’est pas en Guyane que nous pensions trouver le souvenir… Et pourtant, c’est à Saint Laurent du Maroni que nous le dénichâmes et il ne nous coûta rien : le parcours de l’ancien pénitencier était jonché de briques estampillées A. P. (administration pénitentiaire). On en ramassa une, qu’on camoufla (en cas de visite douanière au retour). C’était un peu lourd, mais peu banal, au moins en métropole, et notre directeur en fut ravi.

(7) Exagération habituelle de la presse : le camarade de promotion faisant office de chef de détachement n’arborait, plus modestement, que des galons de commandant. De même : Nice Matin dans son article « Chasse à la bombe à Ollières (Var) où la population aide l’armée à retrouver un engin perdu par un avion » évoque un détachement de 130 à 150 hommes, alors que la promotion ne comprenait guère plus de 80 poussins (élèves).