dimanche 18 août 2019

1977 : l’opération Lamantin

L’accueil à Dakar
Par Jacques Primault (ECA 75)

L’arrivée d’avions et de personnels nombreux sur un détachement air en Afrique entraîne inévitablement de nombreuses conséquences en termes d’organisation et de fonctionnement, comme a pu le constater Jacques Primault (ECA 75), alors en stage à Dakar après sa sortie d’école. Interview

Vous êtes arrivé début septembre 1977 sur le Détachement Air 160 à Ouakam. Vos premières impressions ?
Premières impressions, la chaleur humide  qui accueille brutalement les métropolitains dès l’ouverture de la porte du DC8 du GLAM, mais aussi les parfums des arbres et des fleurs développés  par la chaleur durant cette saison dénommée « hivernage ».  A cette période, les flamboyants exhibent leurs magnifiques frondaisons rouges, bien connues en Afrique de l’ouest.


Le détachement était  implanté sur deux sites : le site opérationnel, au sud de l’aéroport de Dakar-Yoff et qui accueillait l’escadron de transport outre-mer n°55 « Ouessant », doté à cette époque de Noratlas et d’une Alouette II, et la zone-vie, située en bord de mer sur la route menant à Dakar, et qui regroupait les services du détachement ainsi que les habitations des familles.

Quel était le rôle de ce détachement air ?

Le DA 160 était un élément de soutien aérien au service d’une stratégie de présence et de coopération de la France en Afrique de l’ouest. C’était également une première étape permettant d’accueillir nos avions en route vers les états africains situés plus au sud. Les Noratlas participaient bien sûr à des exercices avec le 10ème BIMA présent à Dakar et avec l'armée sénégalaise.

Le colonel commandant les Éléments Air des Forces Françaises du Cap-Vert et le DA 160 était sous les ordres du commandant de toutes les Forces Françaises du Cap-Vert (COMFOR). (1)

Comment étaient organisés les services administratifs ?
A la différence des bases de métropole, les services chargés du soutien de l’homme (RH, finances, restauration, matériels), étaient encore dénommés selon l’ancienne terminologie  « Moyens d’administration 30/160 », et dirigés par un « major », le commandant S., qui était assisté d’un officier trésorier. L’officier « des subsistances » (2) dépendait encore des Moyens généraux, contrairement à la métropole.
Sur le site se trouvait également la direction du commissariat n°770, dirigée par le commissaire colonel Albert, chargée des opérations classiques d’administration et de surveillance dévolues aux directions régionales en métropole.

Quelles ont été vos fonctions durant cette année de stage ? 
Après une période d’information à la direction et aux Moyens d’administration, on m’a confié le projet de nouvelle organisation comptable des « subsistances » ainsi que la réalisation de missions ponctuelles de surveillance. J’étais également responsable du service du contentieux à la direction et du bureau d’information juridique du DA 160.

J’ai bien sûr participé à de nombreuses missions de liaison en volant sur les avions et hélicoptères présents sur la plate-forme.

Evidemment, la présence d’un commissaire stagiaire, affecté en surnombre, est bien tombée pour le commandant du DA qui allait soudainement devoir faire face à de nouvelles charges au profit de l’opération  Lamantin.

En effet, dès octobre 1977, il est question que la DA accueille des forces aériennes à la suite de troubles en Mauritanie, et à la demande de cet État. On peut imaginer les difficultés d’accueil d’effectifs supplémentaires sur un DA dont les capacités sont calibrées pour  un effectif donné. 

Il faut trouver de la place pour héberger et restaurer un effectif supplémentaire significatif (80 personnes), qui va tourner tous les 2 ou 4 mois. Il en est de même pour le volet opérationnel à Yoff, s’agissant de l’accueil des avions sur le tarmac (8 Jaguar, plusieurs Bréguet Atlantic, Transall, C-135FR, et Puma),  sans oublier la salle ops pour les pilotes, un hangar pour les mécaniciens et leurs stocks de matériels mais aussi de munitions,  sans oublier la sécurité des lieux assurée par les commandos de l’air. C’est un bouleversement à la fois dans le fonctionnement et l’organisation.
En haut, la base sénégalaise, en bas l'ETOM 55
Pour la partie commissariat de l’air, le plus compliqué est l’hébergement. Des mesures de réinstallation et de regroupement des personnels affectés – non intégrés à Lamantin - doivent être prises. En complément, les tentes de campagne sont très utiles. Le volet restauration est plus simple, en jouant sur les horaires et l’installation de lieux de restauration spécifiques, avec les matériels de campagne.

Ces mesures sont rapidement mises en œuvre car les premiers avions arrivent, sous le commandement du général Michel Forget 

Oui, le DA 160 se trouve en première ligne dans cette seconde OPEX des temps modernes, si l’on considère l’opération 700 à Chypre comme la toute première de l’Armée de l’air (3).

Les avions arrivèrent les 22 et 23 novembre, et les missions de guerre eurent lieu en décembre 1977 puis à nouveau en mai 1978.(4)




Hasard des calendriers, l’opération prit fin en juillet 1978, au moment où je quittai moi-même le Sénégal pour rejoindre mon nouveau poste à Paris. Cette vision de l'intérieur d'une opération aérienne majeure m'a convaincu à l'époque, si c'était nécessaire, d'avoir fait le bon choix en intégrant le commissariat de l'air, un service opérationnel pleinement intégré dans l'Armée de l'air.

(1) Le Détachement Air  a été dissout  le 31 juillet 2011. Les Forces françaises du Cap-Vert (FFCV) ont été remplacées par les Éléments français au Sénégal (EFS).
(2) Ancienne dénomination, remplacée en métropole par celle de « chef du service restauration-hôtellerie », qui dépendait désormais du commissaire de base.
(3) Cf. articles du commissaire général François Aubry.
(4) Cf. articles du général Forget sur les sites souvenirfrancais-issy.com : « Opération Lamantin » (janvier 2018) et www.pilote-chasse-11ec.com/lamentin-40-ans-deja (nov 2017)
Crédit photo : JP