Dans la suite de l'article du commissaire Caussin (ECA 74), un autre article sur le parcours varié d'un commissaire des armées d'ancrage Air, la CRP Laurella B., et sur son année d’École de guerre (EDG) riche en rencontres, en apprentissages et en défis. Une scolarité qui lui a permis de porter un regard nouveau sur son rôle d’officier, tout en cultivant, sur et en dehors du terrain, les valeurs de cohésion, de persévérance et de dépassement de soi.
Mon parcours
« Je suis le commissaire principal Laurella, d’ancrage air. Je suis entrée dans le corps des commissaires des armées en tant que commissaire sous contrat en 2014, après avoir effectué 6 ans au service de l’armée de l’air et de l’espace en tant que volontaire puis officier sous contrat dans le corps des officiers basiers. J’ai ensuite réussi le concours interne de commissaire des armées en 2016 et ai donc intégré le corps des commissaires de carrière en 2017.Au sein de l’armée de l’air et de l’espace, j’ai servi en tant que conseiller juridique du commandement sur la base aérienne (BA) 701 de Salon-de-Provence, sur la BA 702 d’Avord et au GSC (Groupement de soutien commissariat) de Bourges-Avord. En 2015, j’ai tenu mon premier poste dans le domaine RH et indemnitaire sous le prisme du pré-contentieux et contentieux administratif au sein de la DRHAAE (Direction des ressources humaines de l’armée de l’Air et de l’Espace) à Tours.
Désireuse de poursuivre dans ce domaine RH et solde, j’ai été affectée en 2019 au sein de la sous-direction de la fonction militaire (SDFM/FM2) de la DRH-MD. Après une année en tant que chargée d’études, j’ai pris la tête de la section chargée de la mise en œuvre de la politique en matière de mobilité des militaires en métropole comme en outre-mer et à l’étranger. Ce poste constitue à ce jour un poste clé dans ma carrière car il m’a permis de travailler dans le domaine interministériel, en lien avec les instances de concertation, et au profit de l’ensemble des militaires dans le milieu interarmées, gendarmes inclus.
À l’été 2023, j’intègre la Direction des affaires juridiques (DAJ) et le poste d’adjointe au chef du bureau droit des conflits armés (DCA) m’est confié. En effet, qualifiée LEGAD (Legal advisor, conseiller juridique opérationnel) en 2015, l’obtention d’un poste de LEGAD permanent est une très belle opportunité de mettre en œuvre mon expérience opérationnelle et de la placer au profit du conseil de nos autorités politiques et militaires.
Lauréate du concours EMS2 en septembre 2023, j’intègre la scolarité Ecole de guerre en septembre 2025.
S’agissant des OPEX et MCD (mission de coopération de défense), j’ai été déployée 4 mois aux Emirats Arabes Unis entre 2012 et 2013 en tant que juriste sur la base navale d’Abu Dhabi.
J’ai ensuite été LEGAD de la composante aérienne du JFAC AFCO (Joint Force Air Command d’Afrique Centrale et de l’Ouest) à l’été 2016 (juin-août) puis déployée 4 mois et demi au Qatar entre 2017 et 2018, en tant que LEGAD de la composante aérienne française dans le cadre de l’opération CHAMMAL. Cette expérience en milieu interalliés a été extrêmement enrichissante pour moi à divers égards et m’a été très utile pour assurer mes fonctions au sein du bureau DCA de la DAJ. Cette dernière OPEX est celle que je retiens tout particulièrement par l’exigence professionnelle et personnelle qu’elle impliquait et par les enseignements qu’elle m’a apportés.
Une année à l’EDG
Lorsque j’ai passé le concours de l’Ecole de guerre, cela a été tout d’abord une très importante remise en question personnelle et professionnelle. Cette préparation exigeante, pour un cours qui l’est tout autant, a été l’occasion pour moi de porter pour la première fois un regard aussi extérieur que possible sur mon parcours et sur ma carrière. Je dirais avec le recul qu’il faut être véritablement bien conscient de tout ce que cela implique de s’engager dans cette voie et ensuite il faut se donner à fond. J’ai vécu le passage du concours comme un véritable défi que je me devais de relever puisque j’avais choisi de le passer.
Je dirais que c’est une année particulière dans une carrière, une période qui est pensée pour nous permettre de nous intéresser aux autres armées, directions et services, à nos alliés également, sous un angle beaucoup plus ouvert que dans les fonctions que nous avons occupées jusqu’alors. Mais c’est aussi une année qui peut surprendre par sa densité, il faut donc y aller en ayant une véritable idée de ce que l’on souhaite y trouver et y faire. C’est une année particulière dans notre carrière qui doit nous permettre de nous interroger et de nous intéresser profondément au fonctionnement de nos institutions civiles comme militaires dans la perspective des responsabilités futures que nous exercerons, mais toujours en gardant à l’esprit le contexte international et national dans lequel nous nous inscrivons.
A travers les échanges que j’ai pu avoir avec mes camarades internationaux, mes camarades civils et militaires, j’ai pu renforcer un élément que j’estime essentiel en tant qu’officier : la capacité à savoir écouter et à communiquer avec les autres. Le commissaire a certes un ancrage auquel il est attaché et c’est important, mais cette année permet de mieux comprendre le fonctionnement et les particularités des autres armées, directions et services et je suis convaincue que cela donne des clés de compréhension et de communication indispensables pour la suite d’une carrière d’officier.
Cette année de scolarité est rythmée par les rencontres et les échanges qui en découlent. L’immense plus-value à mon sens est d’offrir à tous la chance de se remettre à niveau sur nos camarades militaires d’autres armées, directions et services, nos camarades issus de la société civile dont nous sommes éloignés en première partie de carrière, et nos camarades internationaux. Ces échanges m’ont nourrie au cours de l’année, au travers des exercices à dimension internationale organisés par l’EDG, mais également de la mixité des groupes dans lesquels nous sommes répartis. Echanger, confronter les points de vue nationaux et personnels est une chance qu’il faut saisir pour mieux se comprendre et faciliter ensuite les relations à venir dans le cadre d’exercices ou de missions interalliés.
Un défi sportif : le V de Mars
Quelle place occupe le sport dans votre parcours militaire ?
Mon entrée dans le monde militaire m’a également naturellement poussée dans le monde du sport. J’y ai trouvé des valeurs similaires telles que le dépassement de soi, la persévérance et l’esprit d’équipe. Ce sont des valeurs qui sont essentielles à mes yeux et que j’ai eu l’occasion d’expérimenter dans les deux mondes. Le sport permet de créer une cohésion comme peu d’activités en sont capables. Je le vois donc comme un équilibre nécessaire qui permet également de relâcher la pression et c’est salutaire.
Comment avez-vous rejoint le « V de Mars » ?
Le rugby est un sport que j’affectionne depuis des années, tant dans le jeu lui-même que dans les valeurs qu’il véhicule. C’est avant tout un groupe. Et j’ai eu envie d’essayer à un moment où j’avais besoin d’évacuer la pression. Et je me suis dit que ce serait l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes venant d’univers différents au sein de la promotion. Je suis donc allée au premier entraînement et l’état d’esprit impulsé par notre entraîneur et les personnalités du groupe m’ont convaincue de m’investir dans le projet. C’était aussi pour moi l’occasion de pratiquer du rugby sans risquer de finir l’année avec quelques côtes cassées…
| L'équipe de rugby V de Mars |
Ce projet était un immense pari car c’était la première année qu’une équipe de rugby à V se montait au sein de l’école, aux côtés de l’historique équipe du « XV de Mars » qui nous a permis de bénéficier de son image pour nous lancer. Nous avons eu un rêve un peu fou de pouvoir organiser notre propre Lerwill Cup aux côtés du « XV de Mars ». Ce projet est né d’un défi lancé par des stagiaires de l’école de guerre anglaise qui souhaitaient organiser une rencontre exclusivement féminine dans une discipline au choix. Cette idée a lentement mûri au fil des mois. L’équipe du « V de Mars » était mixte et comptait tout juste le nombre de joueuses féminines pour répondre favorablement au défi anglais. Nous avons donc eu des entraînements mixtes en vue d’affronter l’équipe féminine anglaise lors de la Lerwill Cup qui s’est déroulée le 11 juin 2026 à Shrivenham en présence des autorités françaises et anglaises des écoles de guerre en compétition.J’ai été honorée de porter les couleurs de l’Ecole de guerre française outre-Manche. C’était très important pour moi de participer et de soutenir cet effort individuel d’abord puis collectif de monter une telle équipe avec l’espoir qu’elle perdure au fil des promos. C’est en tous cas le souhait des anglaises mais surtout le nôtre pour prendre notre revanche l’année prochaine. On compte sur la Promotion 34 pour prendre le relais.
Y-a-t-il un parallèle entre l’esprit d’équipe dans le rugby et celui que vous retrouvez dans les armées ?
Oui totalement. On travaille tous dans la même direction, dans le même but, avec chacun des intérêts personnels mais qui servent le collectif. Et on ne laisse jamais un camarade derrière sur le terrain de rugby comme sur le terrain militaire.
Comment réussir à concilier les exigences de l’EDG et celles du sport ?
Il faut de la régularité et de l’endurance à n’en pas douter. Mais avant tout, il faut faire les choses avec goût, c’est toujours plus agréable lorsqu’on fait quelque chose qu’on aime. De la régularité donc, de l’engagement personnel sur le long terme et surtout ne pas se décourager. Dans le sport comme dans le monde professionnel, on fait des erreurs, on prend parfois de mauvaises voies mais il ne faut pas s’arrêter en cours de chemin au risque de se perdre. Il faut persévérer et le sport m’a permis de tenir tout au long de cette année intense en jouant le rôle de soupape et en me montrant aussi que rien n’est impossible si on s’y consacre vraiment. Tout dépend de la hauteur à laquelle on place la barre. Plus on est exigeant envers soi-même, plus il faudra redoubler d’efforts. Il faut trouver où placer le curseur et ensuite se donner au maximum pour atteindre ses objectifs. Et là où on a donné le meilleur de soi, il y a moins de regrets, quel que soit le résultat.
Txt et photos : SCA, LB, EDG
