mardi 26 mars 2019

Décès du commissaire général Dupuy

Nous apprenons le décès, le 26 mars 2019, du commissaire général de division aérienne (2S) Gérard Dupuy (ECA 69), ancien inspecteur du commissariat et de l'administration de l'armée de l'air.

Un hommage a été rendu le jeudi 28 mars à Chalons en Champagne.

La présidente et le bureau de l’AMICAA transmettent leurs sincères condoléances à son épouse Alice, aux membres de sa famille ainsi qu'à ses proches.

Carrière militaire

Le Commissaire général Gérard Dupuy est né le 23 mars 1946 à Sainte-Savine (Aube).
Admis à l'école du commissariat de l'air de Salon-de-Provence en septembre 1969, il est nommé stagiaire sur la base aérienne 101 de Toulouse Francazal en octobre 1971 où il occupe notamment les fonctions d'officier conseil.

Affecté au Service des fabrications du commissariat de l'air (SFCA) à Ris-Orangis en septembre 1973, il occupe successivement les fonctions de chef de la section administrative de la division technique jusqu'en décembre 1974, puis celles de commissaire de la base 290 et officier adjoint du SFCA durant l'année 1975.

A l'issue d'un stage de formation technique d'ingénieur textile dispensé à l'institut textile de France, il est chef du bureau instruction et documentation de la division technique en septembre 1976 et fait mouvement à Brétigny avec le service qui devient Service d'étude et d'approvisionne- ment du matériel du commissariat de l'air (SETAMCA). Il prend le poste d'adjoint au chef de la division technique en août 1978 après avoir assuré durant trois mois l'intérim du chef de la division.
De juillet 1979 à juillet 1983, il est nommé commissaire de la base aérienne 921 de Taverny.

De juillet 1989 à juillet 1990, il suit le stage de l'Ecole supérieure de guerre aérienne au Centre d'enseignement supérieur aérien.

Affecté à l'état-major des armées en 1990 en tant que chef de la section "budget", puis en 1992 comme chef du bureau budget, il est affecté en janvier 1995 au cabinet du chef d'état-major de l'armée de l'Air en qualité de chef du bureau "législation-administration".

En septembre 1996, il rejoint la direction centrale du commissariat de l'air à Paris où il occupe respectivement les fonctions de sous-directeur "restauration- hôtellerie", puis de sous-directeur logis- tique (janvier 1998), poste regroupant les sous-directions restauration et matériels, de directeur adjoint (mars 1999), enfin chargé de mission auprès du directeur central du commissariat en mai 1999.
1999 avec M Chevènement, ministre de l'intérieur
2000 remise de l'ONM

Nommé commissaire général de brigade aérienne le 1er juillet 1999, il est nommé, à la même date, directeur du Service logistique du commissariat de l'air (SELOCA) à Brétigny.
2000 Accueil des inspecteurs des 3 commissariats
2000 Accueil des ECA 98

Commissaire général de division aérienne le 1er février 2002, il est nommé inspecteur du commissariat et de l'administration de l'armée de l'Air à la même date. Élu président de la mutuelle de l'Armée de l'air le 1er décembre 2003, il quitte l'Armée de l'air le 31 janvier 2004
2002 Jury du concours
2002 Remise de la Marianne à l'ECA
Loyauté, pragmatisme et humanité
par le CGR2 Thierry Pineaud

C’est avec beaucoup d’émotion, de respect et d’affection que j’évoquerai devant vous la figure d’un officier sous les ordres duquel j’eus l’honneur et le plaisir de servir, il y a de cela un peu plus de 20 ans : le commissaire général de division aérienne Gérard DUPUY.

Nous tous ici qui avons connu, côtoyé ou aimé le commissaire DUPUY souffrons dès à présent de son départ tragique. Nous perdons en lui un homme profondément attachant, dont il m’appartient aujourd’hui de dresser le portrait en tentant modestement de rappeler quelques-uns de ses traits les plus marquants.

Lorsque je songe au commissaire DUPUY, trois mots me viennent à l’esprit : loyauté, pragmatisme et humanité.

Le commissaire DUPUY était un officier loyal. Il s’était engagé dans le commissariat de l’Air en 1969 et lui demeura fidèle toute sa vie. Cette fidélité à son corps d’origine se doublait chez lui d’un attachement viscéral à l’Armée de l’air. Certains d’entre nous deviennent commissaire avec le temps ; d’autres se découvrent progressivement des affinités avec leur armée ; d’autres encore – et le commissaire DUPUY était de ceux-là – sont entrés dans le commissariat de l’Air parce qu’ils aimaient les avions.

Le commissaire DUPUY possédait en effet une connaissance encyclopédique de l’histoire de l’aéronautique, ce qui intriguait parfois certains de ses confrères, et lui valait l’estime des autres officiers de l’Armée de l’air avec lesquels il entretenait une relation complice. Sa connaissance intime de l’aéronautique joua d’ailleurs pour beaucoup dans sa carrière.

D’aucuns racontent que son savoir en la matière impressionna le jury du concours de l’Ecole de guerre, composé majoritairement de pilotes, ce qui lui permit d’emporter la palme, à une époque où le commissariat de l’Air présentait chaque année deux candidats à ce concours : le candidat officiel, auréolé de prestige en avance de phase, et objet de toutes les sollicitudes, … et le candidat officieux qui bénéficiait de moins d’attentions de la part de la Direction centrale. C’était là sans compter sur l’intelligence malicieuse du commissaire DUPUY, lequel « en avait sous la godasse » et déjoua tous les pronostics en subjuguant ses juges. Cette loyauté au service de son armée, il en fit notamment preuve lors de son passage au cabinet du chef d’état-major de l’armée de l’air et, à la fin de sa carrière, au sein de l’Inspection de l’armée de l’Air, en tant que général adjoint de l’Inspecteur, poste dont il tirait une immense fierté.

Le commissaire DUPUY était attaché à l’Armée de l’air parce qu’il en partageait également l’esprit pragmatique et le goût du concret. Il était à cet égard aux antipodes de certains de nos confrères réputés brillants, qui refusent la réalité des hommes et des institutions et les tordent pour donner corps à leurs visions prophétiques. Lui, se défiait des projets ambitieux, chronophages et souvent sans lendemain, qui n’ont souvent d’autre effet que d’épuiser les équipes.

En toutes choses, le commissaire DUPUY avançait prudemment et pas à pas ; de ce pas de paysan qui permet de faire progresser l’Institution sans la brusquer, sans la casser, et qui préserve les hommes.
Il était en cela plus Anglais que Français, jugeant à bon droit les révolutions périlleuses et leur préférant les évolutions consenties. C’est ce qui explique vraisemblablement son goût pour la logistique et pour le budget, auxquels il consacra l’essentiel de sa carrière.

Nous nous rappellerons qu’il fut ainsi un chef du bureau budget de l’Etat-major des armées particulièrement rigoureux, méthodique et inspiré, ce qui lui valut dès cette époque l’estime du major général des armées, le général RANNOU, futur chef d’état-major de l’Armée de l’Air ; il se distingua également peu après à la tête de la sous-direction restauration de la direction centrale du commissariat de l’Air, là où j’eus l’honneur et le plaisir d’être son adjoint ; il mit ensuite toute sa détermination dans la mise sur pied de la sous-direction logistique, qu’il dirigea avec diplomatie à une époque où cette création heurtait quelques habitudes ; il prit alors la direction du SETAMCA (service d’études et d’approvisionnement des matériels du commissariat de l’air) à Brétigny, où il redécouvrit avec plaisir l’austère discipline des marchés publics.

Dans tous ces postes, le commissaire DUPUY appliqua avec constance et application la même méthode de travail. Homme de synthèse, allergique à l’ordinateur, ayant peu de goût pour les analyses absconses, il se reposait sur ses collaborateurs auxquels il accordait sa confiance, dès lors que cette confiance lui semblait justifiée. Car le commissaire DUPUY était tout sauf un naïf. Il cachait sous ses airs bonhommes, une grande capacité à juger les femmes et les hommes, ainsi qu’une parfaite maîtrise des arcanes de l’administration et de ses chausse-trappes. Lorsqu’il le jugeait nécessaire, il prenait sa plume ou, devrais-je dire, son crayon de bois, puis, d’une écriture minuscule et appliquée, expédiait en quelques phrases concises le paragraphe qui manquait à la note ou à la lettre pour lui donner toute sa force de persuasion. Et ses interventions littéraires n’étaient jamais superflues ; elles apportaient systématiquement une authentique valeur ajoutée à nos écrits parfois laborieux. Et là résidait effectivement l’une des caractéristiques du commissaire DUPUY : son aisance à capter la substantifique moelle, aisance qui nous bluffait lorsque nous le voyions prendre la parole sur un sujet compliqué et qu’il démontrait par la justesse de ses propos qu’il en avait non seulement retenu l’essentiel, mais également parfaitement saisi la problématique. Le commissaire DUPUY était donc un chef avec lequel on prenait un immense plaisir à travailler et à s’instruire.
Ce plaisir qui était le nôtre tenait enfin à ses qualités humaines. De même qu’il préférait les évolutions patiemment mûries aux conquêtes intrépides et fréquemment stériles, de même faisait-il preuve dans son commandement quotidien d’une proximité sans emphase, mais intelligemment complice et toujours bienveillante.

C’est à lui que je dus de pouvoir partir en OPEX, alors que j’étais son adjoint et que, excusez mon immodestie, j’étais susceptible de lui manquer. Il en prit son parti et m’autorisa à le quitter, contrairement à certains de ses prédécesseurs dont l’amabilité cédait parfois le pas à l’égoïsme.
Outre cette forme de générosité, le commissaire DUPUY faisait également preuve d’un comportement protecteur qui le conduisait à dispenser sa sagesse de vieux chibani aux jeunes officiers de sa garde rapprochée. C’est ainsi qu’il me prodigua maints conseils sous forme de plaisanteries. Je ne vous en citerai qu’une, parce qu’elles étaient nombreuses, et parce que celle-ci illustre à la perfection l’humour madré et malicieux du commissaire DUPUY.

C’est l’histoire d’un couple qui est au lit (rassurez-vous ! il n’y a rien de scabreux dans mon propos). C’est donc l’histoire d’un couple qui est au lit. Le mari ne parvient pas à dormir. Il se tourne, se retourne, se lève, va boire un verre d’eau, etc…. Au bout d’un certain temps, excédée, sa femme allume la lampe de chevet et lui demande ce qui ne va pas. Le mari lui confesse alors, tout penaud, qu’il joue aux courses, qu’il a emprunté 100.000 F (nous sommes en 1996 !) à M. MARTIN, leur voisin d’en face ; qu’il doit lui rendre cette grosse somme d’argent demain et qu’il n’en a pour l’instant pas l’ombre d’un fifrelin. La femme accueille la confidence avec un calme olympien.
Elle sort du lit, ouvre la fenêtre de la chambre, entrouvre les volets et, s’adressant à la maison d’en face, s’écrie d’une voix forte : « vous voyez M. MARTIN, les 100.000 F que nous devons vous rendre demain, Eh bien, nous ne les avons pas ». Puis elle se recouche et dit alors à son mari : « Tu vois, c’était ton problème. Eh bien, maintenant, c’est le sien ! ». Sachez que les enseignements tirés de cette anecdote toute simple et bon-enfant m’ont davantage servi tout au long de ma carrière que bon nombre de mémentos rébarbatifs ou de recommandations hors-sol !

Autre exemple de ces conseils subtils dont nous faisions nos choux-gras, la pratique consistant à affubler certaines personnes de surnoms imagés. Cette méthode a priori loufoque avait en réalité pour vertu de désigner quelqu’un, sans que des oreilles indiscrètes puissent deviner de qui l’on parlait. Les amis du commissaire DUPUY se voyaient ainsi gratifiés de petits noms charmants (Flappy pour ce général ancien pilote d'hélicoptère, baptisé ainsi non en raison d’un quelconque manque de dynamisme mais en rapport avec le "flap-flap" des pales des hélicoptères ; Titi pour votre serviteur ; les « Chippendales » pour deux de mes camarades et moi-même). Les personnes qu’il estimait moins ignoraient pour leur part les surnoms mordants qui leur étaient accolés. Quelques-uns me reviennent en mémoire, mais je me garderai bien, par égard pour eux, et par respect pour le culte du secret du commissaire DUPUY, de les dévoiler aujourd’hui.

L’évocation de cet officier ô combien ! attachant serait incomplète sans parler de son goût pour les voyages – l’extrême orient, en particulier – et de sa manie de confier à sa secrétaire le soin d’apporter la dernière touche à ses albums photos. Il nous en faisait peu après partager les curiosités et les clichés les plus cocasses, et ce jusqu’à des heures tardives. Je le revois encore se glissant benoîtement dans mon bureau, l’album dans une main et le cendrier dans l’autre, et raconter les ruelles enfumées de Pékin en tirant des volutes de son cigarillo. Je remettais alors au lendemain la fiche qui pouvait effectivement attendre et j’écoutais avec amusement le récit de notre Tartarin.

Pour résumer, je dirais du commissaire DUPUY qu’il était un peu comme un vieux Cognac qu’il faut apprendre à connaître et que l’on réchauffe dans le creux de sa main avant d’en percevoir toutes les saveurs.

Je conclurai mon propos en me tournant vers son épouse et vers sa famille pour leur renouveler la reconnaissance de l’institution militaire et tout particulièrement de l’Armée de l’air, pour celui qui toujours porta avec humour et sens de la mesure une certaine idée du devoir et de la générosité.

*


Président de la mutuelle de l’Armée de l’air (2003-2008)
par l'ingénieur général de l'armement (2S) Marc Leclère 1er vice-président d’Unéo

« Après avoir quitté le service actif, le commissaire général de division aérienne Gérard Dupuy a été Président de la Mutuelle de l’Armée de l’Air pendant 5 ans, de 2003 à 2008.

Durant ces 5 années, et pour faire face à la constante évolution de l’environnement de la complémentaire santé et plus largement de la protection sociale des militaires et de leurs familles, il a œuvré avec le souci constant de fédérer l’action des trois mutuelles militaires de l’époque.

C’est donc naturellement qu’en étroite collaboration avec le Général Vincent Coeurderoy, président de la Caisse Nationale de la Gendarmerie, et l’Amiral Uzan, président de la Mutuelle Nationale Militaire, le commissaire général Dupuy a contribué, dès 2004, à la réflexion sur les moyens d’aboutir à une union plus étroite, à une œuvre commune plus efficace et plus forte encore.

Cela parait évident avec le regard d’aujourd’hui qu’il fallait se mettre à cette œuvre commune. Pourtant c’était loin d’être simple, c’était loin d’être gagné. Tous les acteurs de l’époque peuvent en témoigner. Il fallait des hommes de conviction et d’action, qui ne reculent pas devant des montagnes de difficultés, des vents adverses ou face à ceux qui critiquent ou baissent les bras au lieu de bâtir, qui divisent au lieu de réunir.

Il aura fallu :
-    vaincre les réticences liées aux habitudes, ou aux cultures différentes,
-    définir des services et prestations satisfaisant les adhérents de chacune des trois mutuelles,
-    créer une nouvelle gouvernance et de nouveaux outils de gestion,
-    acquérir les moyens matériels et humains permettant d’optimiser cette synergie
-    et enfin, ce qui n’était pas forcément le plus facile, créer un sentiment affinitaire élargi, dépassant le strict cadre par armées,…

La complicité, l’amitié et la volonté d’aboutir de ces trois présidents, qui est encore palpable aujourd’hui, a permis de surmonter tous les obstacles. L’œuvre a été poursuivie avec Claude Lepetit et Louis Le Mière.

Et c’est sur cette base que la mutualité militaire a pu s’enorgueillir d’une avancée majeure pour la protection sociale de la communauté militaire : la mutuelle Unéo était créée, par la volonté de faire mieux ensemble, au bénéfice de tous nos adhérents, malgré nos différences et nos complémentarités, dont nous étions riches, sans doute sans le savoir.

En mars 2008, au moment de quitter ses fonctions le commissaire général Gérard Dupuy pouvait être satisfait de l’œuvre accomplie : les statuts de la nouvelle mutuelle venaient d’être adoptés et ses nouveaux locaux acquis à Montrouge. Il ne restait plus guère qu’un déménagement à organiser pour que le tout soit opérationnel. Il restait bien sûr à faire vivre, améliorer et faire prospérer ce nouvel outil au service d’une protection sociale solidaire et étendue d’une communauté militaire réunie. Si ses successeurs se sont chargés de cette mission, nul doute que ses compétences acquises durant sa carrière de commissaire lui auraient permis de s’en acquitter sans difficulté!
Avec le général Wolsztinski, CEMAA
Durant sa carrière, le commissaire général Dupuy a été le témoin et l’acteur de bien d’autres changements organisationnels au sein du commissariat des armées.

Il avait tenu d’ailleurs à en témoigner à plusieurs reprises dans le cadre de l’Amicale des Commissaires de l’Air et Commissaires des Armées/Air (AMICAA), dans un esprit de partage et de transmission qui l’a toujours animé.

Plus récemment, en 2018, au moment où l’on me confiait le projet de célébration des 10 ans de la création d’Unéo, j’ai eu le plaisir de proposer aux présidents fondateurs d’Unéo de témoigner, dans une vidéo, sur le déroulement de cette période riche et créatrice, sur les obstacles à surmonter, mais aussi bien sûr sur leur vision du sens de cet engagement militaire et mutualiste.

Et c’est avec enthousiasme, et malgré son état de santé fragile, que le commissaire général Dupuy avait accepté de nous recevoir chez lui, ici à Châlons-en-Champagne, pour raconter devant la caméra cette période singulière, ses difficultés, mais aussi le sens profond qu’il donnait à tout cela.
Je suis très heureux que ce moment ait été possible. Heureux, monsieur le commissaire général, que votre témoignage sur ce temps fort de la mutualité militaire ait été immortalisé.

Ce témoignage c’est celui d’un mutualiste engagé au service de la mutualité militaire, œuvre plus que centenaire dont il a été un des porte-flambeaux.

Il se concrétise aussi dans un discours qu’il a prononcé le 26 mars 2008 à l’Ecole Militaire, pour son départ, il y a donc pratiquement 11 ans jour pour jour. Je vous donne lecture d’un cours extrait autour de sa conclusion :
 "Le principal enseignement que je tire de mon passage en mutualité, c'est que, au risque d'en étonner certains, la pratique de la démocratie participative, principe fondateur en mutualité, fait bon ménage avec celle du centralisme démocratique plus en phase avec la culture militaire. Comme quoi, la bonne gouvernance n'est pas forcément là où on l'y attendait !
Cela dit, je prends congé de vous aujourd'hui avec sérénité.
Ceci est d'autant plus vrai qu'après ces quatre années vibrionnantes, non seulement l'avion est sur un plan de vol, malgré les turbulences, mais la continuité est pleinement assurée : depuis plus de huit mois j'ai oeuvré avec un co-pilote de talent, mon camarade et ami Antoine Lamon, 1er vice-président, qui prend les commandes avec le colonel Didier Bouvet dans six jours exactement. Bonne chance ! The show muste go on !
Longue vie à notre mutuelle et à Unéo !"

Madame, Mesdames, Messieurs, nous vous présentons toutes nos sincères condoléances et aimerions pouvoir soulager votre peine. Nous vous témoignons avec force de ce que cet homme, cher à votre cœur, a aussi apporté à notre action au profit de la communauté militaire.
Au nom d’Unéo, de la CNG, de la MNM et de la mutuelle de l’Armée de l’air :
 « Merci, monsieur le Commissaire Général »
« Adieu, Gérard »
*

Ami Gérard
par le commissaire général (2S) François Aubry (ECA 69)

Hier à Chalons en Champagne, un dernier hommage t’a été rendu en présence d’un cortège restreint mais fervent. Comme tu l’avais souhaité, la cérémonie a eu un caractère militaire marqué, avec la participation d’un détachement de la Base aérienne 113 de Saint Dizier, de l’association locale de la Légion d’honneur et de plusieurs généraux portant la tenue dans laquelle tu as souhaité partir.
En contrepoint des trois discours remarqués qui ont retracé ton action à différents stades de ton éclectique carrière, je voudrais simplement ici partager quelques souvenirs communs jalonnant notre amitié d’un demi-siècle.

Le plus ancien de ces souvenirs remonte au mois d’août 1969, au concours d’entrée à l’Ecole du commissariat de l’air, qui n’était pas encore regroupé avec celui de la Marine. J’attendais, un peu fébrile - le mot est faible - le résultat final en t’écoutant commenter, avec une sérénité souriante, la manière dont tu allais organiser ta vie à l’Ecole de l’air. Cette assurance tranquille ne devait rien à la forfanterie, mais devait tout à la lucide certitude que tes indéniables facilités oratoires, appuyées sur de solides connaissances, avaient forcément subjugué le jury. Ce qui fut bien le cas.

Cette facilité déconcertante à surmonter en souplesse les obstacles les plus rudes, je dois avouer que je te l’enviais parfois et l’admirais toujours. Bien que très modérément attiré par les sports, tu avais réussi d’emblée le brevet de parachutisme militaire alors que je m’étais cassé piteusement dès le premier saut. Avec l’humour qui te caractérisait, tu m’avais gentiment fait remarquer qu’il n’était pas donné à n’importe qui d’être un ‘parachutiste d’essai’. De même, quelques mois plus tard, tu avais réussi brillamment ton premier vol en solo sur le Mousquetaire de nos rêves, alors que depuis longtemps et à regret, j’avais déserté les cours de pilotage après un exercice de décrochage mal digéré.
Brasilia 1971 O. Gorge, J. Lysimaque,  F. Aubry, Cre Lcl Bouillaud, directeur, G. Dupuy , R. de La Taille.

Ta passion pour le vol et pour l’aviation ne tardait jamais longtemps à se manifester. Tes connaissances encyclopédiques dans ce domaine laissaient ébahis les futurs ‘chevaliers du ciel’ les plus exigeants. Tu travaillais ce sujet depuis l’âge de quinze ans où tu avais déjà commencé cette impressionnante collection de maquettes d’avions qui a fini par transformer ta maison en petit musée de l’air.

En sortie d’école, tu as fait partie des quatre premiers commissaire-lieutenants ayant un poste sur une base aérienne, en l’occurrence celle de Toulouse Francazal, ‘la Mecque du transport’ comme tu la qualifiais. Tu ne croyais pas si bien dire, puisque quelques mois plus tard, après un vol en Transall via Brindisi, Le Caire et Djeddah, tu atterrissais sans préavis à Djibouti, où j’étais en stage - habillé en tenue de vol puisque tu faisais partie de l’équipage - tenant une bonne bouteille de vin dans une main, un fromage de qualité dans l’autre, un rire sonore ponctuant le tout.

Nos carrières ont ensuite un peu divergé car, très vite, tu t’es engagé dans une filière technique. Né dans la région de Troyes et ayant fait des études à Lille tu avais la fibre textile dans tes gènes.  Au point d’entamer une nouvelle scolarité, cette fois à l’Institut Français du Textile, dont tu es sorti avec un diplôme d’ingénieur. A la tête d’une équipe de 80 personnes, composée d’experts du cuir ou du textile, mais aussi de la mécanique ou de la chimie, tu es devenu LA référence en ce domaine. J’en veux pour preuve, ce jour de janvier 1979 où, devant le chef d’état-major de l’Armée de l’air qui était accompagné par 4 généraux et 2 colonels anciens, tu avais présenté ce que nous appelions le dépôt des modèles. Tu étais alors simple capitaine.

Ce dépôt des modèles a été l’œuvre dont tu as été le plus fier, peut être même avant ta collection d’avions. Profitant de vastes locaux libérés par le CNES, tu avais rassemblé, autour de quelques éléments de Fouga ou de Noratlas obtenus de haute lutte, un exemplaire de tout ce qui avait été fabriqué comme vêtement dans l’Armée de l’air. Avec une musique et un éclairage appropriés, ce véritable musée, qui occupait trois étages, a été pendant plusieurs années un des endroits les plus visités de l’Armée de l’air. Hélas, ce riche patrimoine a été sacrifié depuis et je sais combien ce sacrilège t’avait affecté.

Mais si tu as été un technicien hors pair, tu n’as pas été que cela. Le service t’a conduit à la Réunion où l’osmose avec la nature plaisait particulièrement à l’écolo que tu étais aussi. Le service t’a conduit ensuite, plus brièvement mais plus profondément, au Tchad, où les conditions du moment ne faisaient pas de cette affectation une sinécure. Dans les deux cas, malgré la distance et les cahots de la vie, nous restions en contact régulier car tu n’hésitais pas à m’écrire, ou à téléphoner, pour t’insurger contre tel ou tel dysfonctionnement local à propos duquel tu proposais toujours des solutions hardies qu’il m’arrivait hélas de tempérer parfois en précisant quelques éléments d’ambiance pas forcément perceptibles sur le terrain.

Réunis par l’école du commissariat en début de carrière, nous l’avons été aussi à la fin, par le poste d’Inspecteur du Commissariat qui fut notre dernière affectation. A ce poste, tu as accompli un acte sans précédent et qui ne se reproduira plus. Tu as dirigé une inspection sur la base aérienne de Colmar, non seulement dans le domaine qui était le nôtre, mais aussi dans le domaine opérationnel. De ce fait unique, tu n’as jamais tiré gloire mais tu as pleinement apprécié cette preuve de totale confiance que l’Armée de l’air pouvait accorder à des commissaires comme toi. Nous avons toujours été convaincus l’un et l’autre que dans ‘commissariat de l’air’, le plus important c’était l’air.
Mai 2006 avec d'anciens inspecteurs réunis par le cre gal Barbaux

Beaucoup d’autres souvenirs de ces moments privilégiés mériteraient un ultime rappel, en particulier ceux passés en dehors du monde professionnel mais il faut conclure. Dans ton dernier message, reçu par téléphone, tu me disais « L’hôpital me tient et je ne risque pas de m’envoler ». Pourtant, trois jours après ton anniversaire, tu as réussi un décollage à l’aube. Tu es maintenant à la fois lointain et proche et je te dis « Bon vol Gérard ».
*

UN PASSIONNÉ D'AVIATION
Rédacteur de nombreux articles sur l’aviation dans la revue du SELOCA puis du SETAMCA, Le Bélier, le commissaire général Dupuy a également apporté sa pierre à la création du fameux « dépôt des modèles », aux allures de musée, installé dans l’immeuble du SETAMCA et souvent visité par des personnalités françaises et étrangères.

On retiendra en effet sa contribution à l’installation d’un Fouga Magister, dans des conditions rocambolesques, qu’il relatera dans un article de janvier 2015, avec la touche d’humour bien connue :

« En 1978, le nouveau dépôt des modèles (musée) est en chantier. Il sera la vitrine du service avec 140 mannequins en tenues et décors aéronautiques. Grave problème : impossible de trouver en France un Fouga Magister. Le capitaine que j’étais négociera en Belgique avec le colonel commandant l’équivalent de la DCMAA  ! Et grosse impression à Brétigny lorsqu’un C-130 belge livrera un fuselage de Fouga de couleur rouge vif des Diables Rouges, la PAF belge. »

UN MEMBRE ACTIF DE l’AMICAA

Correspondant régional « Est » de 2013 à 2016
Rédacteur d’articles :
-    30 janvier 2015 Du SFCA au SELOCA (2) « Il était une fois …l’habillement »
-    9 septembre 2015 1971 Les premiers commissaires en stage sur base aérienne « Deux ans à Toulouse-Francazal »
-    4 novembre 2015 L'habillement dans l'armée de l'air 1975-1990 « La modernité du commissariat de l'air » (article collectif)