mardi 17 décembre 2024

Commissaire d'exercice dans la mission Pégase 24 de l’AAE

Par le commissaire de 1ère classe Marine L. G. (ancrage Air)*
                Au travers de cet article, je tenais à revenir sur mes fonctions exercées en tant que commissaire d’exercice (CREEX) dans le cadre de la mission PÉGASE 24, qui s’est déroulée du 28 juin au 15 août 2024.                                                                      Une mission d’une ampleur sans précédent et aux objectifs opérationnels hors norme. Mon rôle de CREEX m’a permis de vivre et de contribuer à une des missions majeures de l’armée de l’air et de l’espace.  
Photos Minarm

Qu’est-ce que la mission PÉGASE 24 ? Quelles sont les spécificités de l’édition 24 ? 

La mission générique PÉGASE (Projection d’un dispositif aérien d’EnverGure en Asie du Sud-Est) a pour objectif de développer des partenariats et des coopérations opérationnelles avec un large réseau de pays à travers le monde. Dans la continuité des exercices précédents (1), PÉGASE 24 vient appuyer la stratégie de défense de la France en Indopacifique.

Jakarta, Bilatérale France-Indonésie  
L’édition 2024 s’est distinguée par son ampleur et ses deux itinéraires simultanés (est et ouest). PÉGASE 24 a aussi pris une dimension multinationale par la diversification des routes aériennes empruntées et l’intégration d’alliés européens. L’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni ont été associés lors des exercices interalliés et des escales techniques valorisées, qui se sont succédé. 

En tout, ce sont 480 aviateurs qui ont été déployés dans 13 pays et 90 000km parcourus durant huit semaines.

En qualité de CREEX de l’un des deux itinéraires (boucle ouest), j’ai réalisé un tour du monde au travers de treize escales réparties sur dix pays (Canada, Saint Pierre et Miquelon, Etats-Unis d’Amérique (Alaska et Maine), Japon, Indonésie, Australie, Philippines, Singapour, Qatar et Egypte).(2) 

Cartes dossier de presse

Quel est le rôle du CREEX ? 

Base aérienne de Hyakuri au Japon
Le CREEX est un membre clef de l’équipe de planification et de commandement de la mission, aussi appelée Core Planning Team


Cette équipe, composée d’une petite dizaine de personnes, a la lourde tâche de préparer et de conduire le déploiement. Durant la phase de planification, nous nous sommes rendus dans la quasi-totalité des lieux de déploiement, dans le cadre de reconnaissances de sites. En outre, du fait du caractère multilatéral de l’édition 24, plusieurs réunions préparatoires ont été organisées avec les armées de l’air allemande et espagnole. 

En terme d’organisation, le général commandant la mission pouvait s’appuyer sur deux adjoints, opérationnel et soutien. En tant que CREEX, j’étais directement placée sous les ordres de l’adjoint soutien au même titre que le correspondant logistique (CORLOG), le correspondant système d’information et communication (CORSIC), le détachement médical et le détachement interarmées (DETIA). J’étais moi-même assistée d’un adjoint finances. Ensemble, nous étions les garants du soutien, au sens large. 

L’exercice de mes fonctions s’est décliné en trois volets. Tout d’abord, le CREEX est le responsable financier, en charge de la construction budgétaire, du pilotage de l’exécution financière et de la restitution des pièces comptables. Dépendant fonctionnellement du bureau finances du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), j’étais garante du respect du périmètre budgétaire et par conséquent du bon usage des deniers publics. Le suivi comptable était particulièrement exigeant au regard des neuf devises différentes et du taux de change qui pouvait évoluer chaque mois. Dès la phase de planification, j’ai pu m’appuyer sur les trésoreries des ambassades de France afin de garantir le paiement des factures les plus importantes, à partir des mises à disposition de fonds. En conduite, en tant que détentrice d’une carte bleue, comme mon adjoint, j’avais la capacité de réaliser les achats sur le terrain. Chaque paiement a fait l’objet d’un enregistrement méticuleux, permettant d’assurer un suivi quotidien des dépenses.  

Recherche d'hôtel à Anchorage en Alaska
En plus de cette responsabilité financière, il m’incombait la coordination des soutiens communs, traduit en anglais par Real Life Support (RLS). En résumé, mon objectif était que chaque aviateur puisse être logé, nourri, blanchi et transporté tout au long de la mission, c’est-à-dire aux quatre coins du monde. Mon adjoint et moi-même formions en quelque sorte un « groupement de soutien de base de défense (GSBdD) » mobile, inséré dans le dispositif. Pour mener à bien la coordination, il était nécessaire de bien comprendre et prendre en compte les spécificités culturelles et linguistiques du pays considéré. L’appui des missions de défense des ambassades a été déterminant pour ne pas commettre d’impair, d’où l’importance de la phase de préparation et de planification d’un tel déploiement. En ce sens, la connaissance des objectifs de la mission, de nos capacités aériennes, des contraintes associées et du rôle de chacun participent à la réussite de la coordination. 

Mes choix sur les modalités de soutien se sont toujours faits en lien avec l’opérationnel, raison d’être de la mission. Néanmoins, la partie opérationnelle a  aussi su prendre en compte mes contraintes. A titre d’exemple, le déploiement a été réarticulé en Alaska, faute d’option d’hébergement disponible. A l’inverse, en Indonésie, les modalités de soutien ont largement été renforcées en conséquence d’une augmentation de l’activité opérationnelle. Le dialogue, au quotidien, en planification et en conduite, a contribué à assurer la symbiose de l’opérationnel et du soutien. Nous formions une seule et même équipe.

Arrivée à Darwin en Australie
Enfin, le CREEX participe au suivi administratif individuel du personnel déployé. Ce travail collaboratif a été réalisé avec le responsable des effectifs et les secrétariats des détachements. Je fais ainsi référence aux ordres de mission internationaux, de la rédaction du régime financier par pays jusqu’au débriefing, et du paiement des indemnités de sujétions d’absence opérationnelle (ISAO) par la rédaction des attestations individuelles de fin de séjour. L’enjeu principal est de faciliter les démarches administratives de chacun, avant et après le déploiement. Le dispositif a été parfois scindé et par conséquent le régime indemnitaire n’était pas le même pour l’ensemble des aviateurs. 

Le bilan

Placé souvent dans l’ombre, le CREEX est un acteur central de tout déploiement opérationnel. Son action contribue directement à la réussite de la mission. 

En tant que commissaire d’ancrage Air, j’ai pu m’appuyer sur mes expériences précédentes en métropole et en OPEX pour fournir un soutien adapté aux contraintes aéronautiques et au rythme de la mission. 

PÉGASE 24 a été une formidable expérience de plus d’un an, qui m’a permis de découvrir en détail la planification et la conduite d’une opération aérienne d’envergure. Ce fut également une ouverture exceptionnelle sur le monde, où souplesse et adaptation ont été les maîtres-mots. 


(1) Articles sur le site AMICAA :

« Exercice interallié : Pitch Black et Pégase 2018 » (21 mai 2019)

« Commissaire d'exercice pour la mission Pégase 23 » (9 octobre 2023)

(2) La CR1 S. était en charge de la boucle « est ». Nous avons travaillé ensemble sur certains sujets mais nous étions chacune en charge de notre itinéraire.

* Promotion 2018 de l’école des commissaires des armées « Centenaire de la Victoire », affectée au GSBdD de Saint-Dizier/Chaumont en tant que chef de Pôle commissariat Saint-Dizier/Marolles.