samedi 25 juillet 2026

A la recherche de chaussures vernies

Fin 1978, le chef d’état-major de l’armée de l’air (CEMAA) demande au directeur central du commissariat de l’air (DCCA) d’étudier la faisabilité de doter le personnel masculin de chaussures basses à l’aspect verni, d’un modèle similaire à celui porté par les officiers de l'U.S.A.F.  A cette époque, seules les chaussures de la tenue de soirée du personnel masculin (spencer) présentent une telle particularité.

La demande du CEMAA, qui préside par ailleurs la commission de la tenue de l’armée de l’air, se répand comme une traînée de poudre dans tout le service… et au-delà, chacun ayant évidemment un avis tranché sur la question, considérée comme importante en termes de qualité, de bien-être et, bien sûr, d’esthétique.

En février 1980, 3.000 paires sont livrées par les établissements Marbot (à l’époque, société membre du groupe BATA et fournisseur important du service), pourvues d’une « tige » (autrement dit le dessus) en matière poromère.

Ce stock, livré à des fins d’expérimentation, est réparti entre toutes les catégories de cadres masculins de l’armée de l’air (des officiers généraux et commandants de base aux élèves à Salon, en passant par les membres des musiques, les gendarmes de l’air et autres officiers et sous-officiers dûment sélectionnés). Les testeurs s’interrogent sur cette matière synthétique en polyuréthane, qui serait soi-disant « poreuse ». Fait aggravant, parmi un échantillonnage varié de grains imitant le cuir, c’est le modèle le plus « glacé » qui est finalement retenu par le CEMAA. Pour certains, c’est un pied-de-nez aux canons traditionnels de l’uniforme, seyant mais strict ! D’autres, qui défendent cette nouveauté pied-à-pied, notamment l’entretien facile à l'aide d'une simple éponge humide, sans cirage, considèrent que c’est une avancée conceptuelle qu’il convient de ne pas jeter trop vite aux orties.

Après 7 mois d’essai, 500 questionnaires sont reçus, 450 étant exploitables pour la synthèse. Les qualités de solidité et de chaussant ainsi que la facilité d’entretien sont appréciées à la quasi-unanimité, mais beaucoup émettent quand même des réserves sur le confort thermique (surtout par temps chaud). Visuellement, l’aspect glacé - pour ne pas dire plastique – est critiqué par beaucoup. Enfin, les avis divergent sur les règles du port, entre ceux favorables au port en toutes circonstances et ceux favorables au port seulement pour les cérémonies et réceptions. Ce point concernera plus tard la commission de la tenue.

En parallèle à cette première expérimentation, la DCCA décide en avril 1980 de tester un modèle « poromère amélioré », avec un aspect "grain cuir » plus marqué, distribué cette fois aux cadres et hommes du rang de la base aérienne 110 de Creil. Les résultats sont attendus pour la fin juin 1980.

Le commissaire de la base aérienne est désigné « officier de marque » pour cette expérimentation. Lourde responsabilité ! Travaillant d’arrache-pied, il livre dès juillet le compte-rendu tant attendu par le 26 boulevard Victor.

La conclusion de cette seconde expérimentation fait apparaître, une nouvelle fois, une sorte d’en même temps, les avis étant favorables sur tous les aspects techniques, en particulier l'entretien facilité, mais toujours défavorables sur la question de principe concernant l'adoption de cet article, à nouveau jugé inconfortable. Fin 1980, aucun des deux modèles en poromère n’est donc retenu.

Sans lever le pied, la direction réfléchit déjà à l’étape suivante, s’il doit y en avoir une : quelles catégories de personnel porteront cet article : sous-officiers (en dotation) et officiers (en cession) ?  tous cadres officiers et sous-officiers (en dotation) ? appelés du  contingent ?  Sur ce dernier point, l’élément prix est pris en compte : pour une commande en nombre, le prix serait bien sûr inférieur aux chaussures cuir (Box calf) des cadres mais aussi, bonne surprise, à celui des chaussures cuir (vachette-Box) des appelés.

Début 1981, la D.C.C.A., alliant la rigueur technique à l’intelligence diplomatique, fait étudier une nouvelle méthode de fabrication économique de chaussures basses, homme, appelées cette fois "cuir enduit" : la « tige » est bien en cuir, gage de confort, mais simplement « enduite » d’un produit permettant de répondre à l’objectif de brillance imposé. Les essais techniques donnant satisfaction, une commande de 10.000 articles est lancée, les tout premiers exemplaires étant destinés à  l'Ecole de l'air et à l’Ecole du commissariat de l’air (pour le défilé du 14 juillet 1981).  

Cette fois, l'expérience est concluante et la décision est prise, au plus haut niveau, de commander ce modèle, qui va remplacer les chaussures cuir, homme, classiques, en dotation pour les sous-officiers (au fur et à mesure de la résorption des stocks de l’ancien modèle, en établissement et sur les bases aériennes) et en cession pour les officiers.

Jacques Primault (ECA 75)

(Faute d’archives disponibles, l’auteur de ces lignes ignore si cet article d’habillement a survécu dans les années 90 et 2000 ; transmettre toute information utile  à : amicaa.air@gmail.com)