samedi 29 août 2026

La création de la DRM en 1992 : une épopée vécue par un commissaire de l’air

Par le commissaire général (2S) Michel Barbaux (ECA 72)

La direction du renseignement militaire (DRM), placée sous l’autorité du chef d’état-major des armées, a pour mission de fournir le renseignement militaire et d’intérêt militaire nécessaire aux opérations. 

Créée en 1992 à l’initiative du ministre de la défense Pierre Joxe au lendemain de la première guerre du Golfe, et sur la base des réflexions menées en 1989 par le général d’armée aérienne François Mermet, elle a pour mission de coordonner les moyens de renseignement issus des trois armées.

Le 1er février 1992, après une année à l’école supérieure de guerre aérienne suivie de quatre mois au cours spécial interarmées, je me trouve disponible sur le « marché de l’emploi ». Bientôt commissaire colonel, pressenti dans un premier temps pour diriger une cellule de réflexion placée auprès du directeur central sur l’avenir du service du commissariat de l’air - sa création n’a finalement pas eu lieu -, me voici nommé au sein du groupe d’études permanent (GEP) dirigé par le général de brigade Jean Heinrich, ancien directeur des opérations de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), chargé depuis septembre 1991 de mettre sur pied la future DRM. 

Une préparation sous contrôle financier

Le GEP est alors composé d’un ingénieur général de l’armement, de trois colonels (Terre, Air, Gendarmerie) et d’un capitaine de vaisseau. Il manquait un commissaire pour créer la structure financière et élaborer un budget.

cv de Kersauzon, Cre Barbaux, gal Douin MGAA
Je me retrouve ainsi immergé - hormis la brève période du cours spécial interarmées - dans un nouveau monde, celui de l’interarmées, dans toute sa diversité, notamment ses traditions, sa mosaïque d’uniformes et de réglementations et, bientôt, amené à traiter chaque semaine avec un sympathique mais très exigeant « contrôleur financier ». 

Carte blanche m’est laissée pour construire, inventer, innover. Une belle aventure !

Deux petites anecdotes : l’officier Marine du GEP étant le capitaine de vaisseau Yves de Kersauson (il sera directeur en 1998), je lui demande s’il a un lien de parenté avec le célèbre navigateur Olivier. Il me répond : « non, pas du tout, c’est mon frère ». L’ambiance allait être bonne !  Quelques jours plus tard, alors que je demande au général Heinrich pourquoi il a souhaité l’affectation d’un commissaire de l’air, et non d’un commissaire de sa propre armée, sa réponse est : « parce que je voulais quelqu’un qui osera me dire non ». À bon entendeur … !

Ma première tâche est d’élaborer les projets de budget pour l’année 1993 : avec la direction des services financiers pour les dépenses de fonctionnement et avec le bureau budget de l’état-major des armées (EMA), alors dirigé par le commissaire colonel Dupuy, pour les dépenses d’équipement. 

Je suis en outre chargé, pendant cette phase de création, des premiers recrutements de personnels et de l’affectation de véhicules.

Un décret en Conseil d’État

Après neuf mois de gestation, la DRM est créée par un décret en Conseil d’État du 16 juin 1992. Le général Heinrich, promu général de division, est nommé directeur et le général de brigade aérienne Claude Chrétien directeur adjoint. 

Gal Heinrich, cv de Kersauzon, Ministre F. Léotard
La nouvelle direction hérite d’éléments existants au sein de l’EMA, comme par exemple le CERM (centre d’exploitation du renseignement militaire) qui devient la sous-direction exploitation, et des fameux 2èmes bureaux des états-majors d’ armée. Les sous-directions sont réparties au fur et à mesure de leur création entre Paris et Creil dont la base aérienne, alors « en sommeil », est réactivée et où s’implantent des éléments rattachés, tels que le CF3I (centre de formation et d’interprétation interarmées de l’imagerie). Rattachée également à la DRM : l’EIREL (école interarmées du renseignement et des études linguistiques) alors à Strasbourg.

Ma position dans l’organigramme a fait l’objet d’âpres discussions : le bureau finances, bientôt appelé planification-finances, que j’ai l’honneur de diriger, doit-il être intégré dans la sous-direction administration sise à Creil (dirigée par un colonel Air officier des bases) ou bien rattaché directement au directeur à Paris ?

Ayant accepté d’accomplir, à la demande de celui-ci, quelques tâches annexes relevant de sa seule responsabilité, j’ai estimé que ma place devait être à Paris et mon bureau proche du sien, ce qu’il a bien voulu admettre. De fait, hormis les sous-directeurs (tous officiers généraux ou colonels anciens), seuls deux chefs de bureau, le capitaine de vaisseau de Kersauson, en charge des relations extérieures, et moi-même, sont directement subordonnés au directeur du renseignement militaire. 

Une annexe de mon bureau ayant été créée à Creil, je me rends régulièrement sur cette base, notamment pour y traiter quelques dossiers communs avec le commissaire de base, Stéphane Piat, auquel me lie une amitié ancienne. Nos réunions sont généralement précédées d’un footing matinal (là-bas c’est plus agréable qu’au Parc des Tuileries !). C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de l’excellent commissaire de réserve Alain Prothais†, alors professeur des universités à Lille et affecté sur la base en tant que réserviste.  

Cette affectation, dans laquelle je suis resté trois ans et demi, fut un réel bonheur, celui de disposer d’une large liberté de manœuvre et de vivre une véritable épopée où tout était à construire. Je m’y suis pleinement épanoui et me trouvais ainsi en bonne forme pour revenir au bercail, je veux dire à la direction centrale du commissariat, pour y assumer de nouvelles tâches dans un domaine qui m’était devenu familier, les finances !