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mercredi 28 janvier 2026

Des commissaires de l’air auditeurs au CHEAM

Par le commissaire général (2S) Michel Vallecalle

Onze commissaires de l’air ont été auditeurs au Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie modernes (CHEAM)(1). Créé en 1936 par le Front populaire pour la formation des cadres coloniaux (militaires compris), il évoluera ensuite au fil des décolonisations, poursuivant sa mission de formation de diplomates, hommes d'affaires et militaires, jusqu’à sa suppression en 2000. 

L’un de ces commissaires auditeurs nous fait partager cette expérience en 1993.

Auditeur au CHEAM - promotion 1993 « Consul de France Jean Laborde »

J’ai découvert le CHEAM en septembre 1993 alors que, commissaire conseiller FATAC, je m’apprêtais à rejoindre, en fin d’année, la DCA/RANE à Villacoublay.

Désigné par la DCCA pour devenir auditeur du CHEAM, j’ai retrouvé en début d’année universitaire une soixantaine d’autres auditeurs, d’origines professionnelles diverses, à l’instar de l’IHEDN ou du CHEAr (Officiers supérieurs de différentes armes ou services, fonctionnaires civils appartenant à différents ministères, Intérieur (police, renseignements généraux), Justice (magistrats), Finances (inspection des finances, trésor), Education nationale,  collectivités locales (ville de Paris), professions libérales, et quelques personnalités, notamment Haim Korsia (aujourd’hui grand rabbin de France après plusieurs années à  l’aumônerie générale de l’armée de l’air) et…. l’épouse du ministre de la coopération dans le gouvernement Balladur.

Cette promotion se retrouvait tous les mercredis du côté de Saint-Germain-des-Prés pour une journée divisée en deux temps : la matinée était consacrée à des cycles de conférences magistrales sur des sujets relatifs à l’actualité dans les zones Afrique, Asie, Moyen-Orient. Les intervenants appartenaient le plus souvent au monde universitaire ou à celui de la presse. Je n’ai gardé en mémoire que les noms d’Antoine Sfeir et de Gilles Kepel, ainsi que  l’exposé brillantissime d’un attaché diplomatique de l’ambassade d’Israël sur les dossiers du Moyen-Orient.

L’après-midi, après un déjeuner par petits groupes d’affinités dans un quartier très sympa, tout ce monde rejoignait la maison mère du CHEAM (13 rue du Four) pour des travaux de groupes correspondant à la zone géographique choisie, pour l’année, par chaque auditeur : Asie du sud-est, Afrique subsaharienne, Maghreb/Machrek (mon lieu de naissance m’a fait choisir tout naturellement ce dernier groupe !!).

Au cours de la période 1993/1994, la promotion a effectué deux cours déplacements à Bruxelles et à Genève, pour des contacts avec les institutions européennes et, en Suisse, les agences de l’ONU ainsi que la Croix-Rouge.                   

En fin d’année, la promotion est partie pour le Burkina Faso pour un périple d’une semaine de découvertes culturelles et touristiques. Les militaires du groupe faisant profiter de leurs expériences des séjours africains leurs camarades civils plus habitués à l’ambiance des administrations centrales parisiennes. Ce voyage d’études reste pour moi un riche souvenir de convivialité et de partage.

Nous avons même eu droit (présence de l’épouse du ministre français de la coopération oblige) à une réception officielle à la Présidence de la République et à un dîner avec M.Blaise Compaoré….. 

Au terme du cycle universitaire chaque auditeur était tenu de rédiger un mémoire sur un sujet de son choix. Ayant participé à l’opération ACONIT en 1991 (2),  j’ai présenté un mémoire sur « la question Kurde ». Je ne pense pas que mon étude ait marqué l’histoire du sujet mais j’ai ainsi coché la case « mémoire ».

Le CHEAM a été dissous en 2000, à la suite de plusieurs rapports, dont l’un de François Heisbourg, le gouvernement « s'engageant alors à donner forme à une structure nouvelle plus large, plus souple et mieux adaptée à la demande identifiée. Cette structure nouvelle qui, dans le rapport Heisbourg, pourrait porter le nom d'Institut des hautes études en relations internationales (IHERI), ayant pour vocation de prolonger la très longue histoire du CHEAM ». Cet institut n’a jamais vu le jour.

Avec le CHEAM,  le Commissariat de l’air a, semble-t-il, cherché à compléter, au début des années 90,  les offres de l’ESGA et de l’IHEDN, avec un organisme présentant une ouverture vers l’extérieur du ministère, sans viser nécessairement pour les auditeurs des affectations ultérieures au ministère de la coopération ou en ambassade, même si ce fut le cas pour certains. Cette même démarche d’ouverture a également été menée jusqu’en 1996 avec le centre des hautes études de l’armement (CHEAr).

Les nouvelles règles d’admission au collège interarmées de défense (CID) intervenues au début des années 2000 (plus de limitation du nombre de places et de candidatures pour les commissaires de l’air) ont fait en sorte que cette nouvelle institution est devenue la seule ouvrant la voie vers les postes de responsabilité au sein du service du commissariat de l’air.

(1) Gustave Jourdren 1981, Daniel Courvoisier 1990, Alain de Lespars 1990, Michel Erschler 1991, François Aubry 1992, Michel Vallecalle 1993, Jacques Rufer 1994, Pierre-Yves Durbise 1995, Michel Paolantonacci 1996, Georges Biondi 1996 (au titre du ministère de l’intérieur), Denis Labbé 1997 (en tant que  sous-préfet)

(2) Voir aussi l’article « Opération Libage » par le CRC1 Annie Courtioux-Poiret /avril 2013 (moteur de recherche, inscrire : libage)